
Au pays de l’outre-peine s’ouvrent des chemins qu’il s’agit d’emprunter
sans les craintes d’autrefois,
sans la peur de blesser ou bien de se blesser.
Le temps est à l’indocilité.
Ce que le monde vous refuse, prenez-le.
Ce que le jour cache, découvrez-le comme on ouvre une boîte à secrets.
Ne laissez plus personne ni surtout vous-même vous empêcher de vivre.
Avoir franchi un océan de larmes fait la chair tendre et ouverte
comme il fait l’esprit libéré.
Il apprend à être doux et ferme, attentif et curieux, généreux et engagé.
La vie s’étend, elle gagne en surface comme un drap qu’on étire.
Elle se déchire parfois, elle fait toujours mal mais plus comme avant.
Il n’y a plus de raison d’attendre pour aimer de nouveau,
pour aimer encore et plus profondément que jamais.
Il faut écouter les moindres frémissements
que la peau fait sonner comme un tambour.
Il faut regarder le moindre souffle de vent au jardin,
sentir comme l’air se charge d’une force inconnue
quand il passe près de vous,
cœur brisé autrefois qui maintenant se gonfle de désirs.
Je sais combien tout est si petit à la mesure d’une vie
et combien est grande pourtant l’envie de vivre.
Il faut grimper à des échelles dont on ne sait même pas la hauteur.
Il faut être indocile, révolté, curieux, plus attentif chaque jour
aux signes que tout ce qui est vivant nous envoie.
Ils foisonnent, ils sont innombrables, il faut tout déchiffrer.
C’est tout aussi épuisant que jadis le chagrin
mais ce n’est plus mortifère.
J’ouvre mes mains
et je les vois plus fermes et plus douces.
J’ouvre mes yeux
et plus aucun recoin de la maison ne me semble obscur.
Je sors dans la rue la nuit,
le ciel a des allures de manteau de laine où se laisser envelopper.
J’entoure les ombres
comme on prend par la taille un être aimé.
Voyez comme les mots dans l’outre-peine
ont le pouvoir de tout changer…
Joël Mansa
Poème extrait d’un recueil à venir intitulé Outre-peine



