
Lorenzaccio n’est pas qu’une pièce de théâtre. Elle est une vérité douloureuse inscrite dans l’histoire. Cette histoire où l’oppression n’a fait qu’évoluer au cours des âges, et a pris un malin plaisir à envoyer la liberté au perpétuel second plan.
David Bobée nous donne, à travers Lorenzaccio, une idée claire de toute cette complexité autour de l’oppression. Des dirigeants paralysés, des élites inactives ou un peuple en souffrance. Il nous renvoie à la mort de l’innocence, où chacun d’entre nous – citoyen, citoyenne – doit prendre ses responsabilités face à la montée de l’extrême droite à notre époque.
Au-delà, Lorenzaccio s’inscrit dans une esthétique invraisemblable. Où l’on joue avec la beauté comme l’on joue avec le temps. Là où le metteur en scène décide de placer ses comédien.nes à travers un jeu fixe sans trop de mouvement. Le décor, quant à lui, se balade dans l’espace et ses piliers de béton armé et abîmés sont le témoignage historique d’une tyrannie. Et symbolise le fait que de tout temps l’oppression était présente ! Sous différentes formes certes, bien que, celle-ci à travers les acteurs et la dramaturgie ne change pas dans le fond. Elle devient miroir de notre présent. L’étincelle d’une conscience collective.
Lorenzaccio se place dans l’extraordinaire avec cette combinaison de symboles qui jaillissent sans cesse jusqu’au plus profond du spectateur. Nous sommes plongés dans un univers étendu où la parole véritable et le témoignage historique viennent s’entrechoquer dans un fracas dérangeant. Cette combinaison de propos d’avant et d’aujourd’hui mêle enjeux politiques et beauté dramatique sans pour autant transformer ce chef-d’œuvre qu’est Lorenzaccio.
Ce qui m’a le plus marqué dans cette pièce de David Bobée, c’est la mort de la liberté. Une mort causée par elle-même. Cette fin de la naïveté où, bien que je le regrette, l’on m’a dépeint une révélation amère de l’inévitable. L’inévitable oppression, l’inévitable tyrannie, l’inévitable faim d’écrire, de lutter, de penser, de faire et d’agir liberté. L’inévitable résistance.
Finalement, Lorenzaccio pousse un cri. Un cri de terreur dans le doute de ces personnages et dans la complexité de sa mise en scène. Nous sentons le travail accompli et je témoigne de ma gratitude face à cette œuvre qui m’a tant fait chavirer. Ce drame, à l’origine de George Sand, nous alerte sur un danger à venir. Le doute de Lorenzo, la destruction de Philippe et la mort de Tebaldeo, ce poète transformé en peintre véritable symbole de l’artiste idéaliste et libre. Tout ceci nous inculque que nulle liberté n’est facile d’acquisition. Qu’il dépend de chacun d’entre nous de la construire. Mais je finirais par dire : “les terres corrompues engendrent le blé” (Acte II, scène 2).
Lucas Lamargot
Théâtre Public Montreuil, Salle Jean-Pierre Vernant
10, place Jean Jaurès 93100 Montreuil
Du 16 mars au 10 avril 2027
Du mar. au ven. à 19h
Sam. à 17h
Relâche dimanche et lundi



