(Episode précédent) J’entends souvent dire, par des personnes qui n’ont aucune réalité sur ce que c’est qu’être un batteur de rock, que Ringo Starr est un batteur limité, pas vraiment un bon batteur. Je crois avoir défini assez précisément dans les premiers articles, ceux qui traitent du transfert Pete Best-Ringo Starr, en quoi Ringo était le meilleur batteur possible pour les Beatles et pourquoi il l’était. Ça n’a aucun intérêt qu’un batteur mette des roulements partout et démontre ses capacités techniques. Ça, c’est de la masturbation musicale et n’a rien à faire dans le rock.
Une mise au point factuelle sur Ringo
Pour tordre le cou une bonne fois pour toutes à cette réputation injustifiée de batteur limité que se traine Ringo depuis les débuts des Beatles, je vais me contenter de quelques citations.
Wikipédia : Il est considéré par beaucoup comme un des meilleurs batteurs de l’histoire du rock. L’excellence de sa tenue de tempo, comme la façon dont il a su inventer un style unique de roulement de batterie qui a servi la musique de plus en plus complexe du groupe ont fait sa réputation, bien que son jeu ait souvent été mésestimé pour son apparent manque de technicité. Alors que Ringo Starr a été le premier à reconnaître ses limites techniques en tant que batteur des Beatles, son apport à leur musique a toujours reçu les honneurs de beaucoup de ses prestigieux pairs.
George Martin, producteur des Beatles : « Ringo tapait juste et fort et se servait bien de ses toms. Il avait un feeling fantastique. Il nous a toujours aidés à jouer les chansons sur le bon tempo, nous apportant ce rythme rock solide qui rendait l’enregistrement de toutes les chansons des Beatles si facile ».
Ringo : « Le batteur est toujours celui qui installe l’ambiance, et je crois que c’était ça ma façon de jouer. Et puis, avec Paul — c’est un étonnant bassiste, il reste à ce jour le bassiste le plus mélodieux qui soit — on essayait de coordonner la basse et la grosse caisse. Du moment qu’elles sont ensemble, on peut jouer tout ce qu’on veut. Je n’ai qu’une règle, c’est de jouer avec le chanteur. Quand il chante, il n’y a pas grand-chose d’autre à faire que de maintenir la cohésion de l’ensemble. Si vous écoutez mon jeu, j’essaye de devenir un instrument, de rendre l’ambiance de la chanson ».
Le point de vue de ses pairs
John Lennon : « C’est un putain de bon batteur. Il a toujours été très bon. Il n’est pas le plus fort techniquement, mais je pense que son jeu est sous-estimé, comme le jeu de basse de Paul ».
Paul McCartney au lendemain de leur dernier concert : « Tu es le plus grand batteur du monde, vraiment. »
George Harrison : « C’est le meilleur batteur de rock du monde »
Ses fans, parmi ses pairs, ne se comptent plus et représentent le Gotha des batteurs tous styles confondus. Steve Smith, célèbre batteur de studio dans tous les genres musicaux : « Avant Ringo, les stars de la batterie étaient jugés à l’aune de leur virtuosité et de leur capacité à jouer des solos. La popularité de Ringo a mis en avant, pour le public, une nouvelle façon de voir les batteurs. On a commencé à les regarder comme des participants égaux dans le processus créatif d’un groupe. Un des principaux talents de Ringo était qu’il jouait des parties de batterie uniques pour les chansons des Beatles. Ses parties sont à tel point les « signatures » des chansons, que vous pouvez les écouter sans le reste de la musique et quand même identifier la chanson ».
Ringo : Je suis votre batteur au style décalé, avec ses roulements étranges. Ils sont étranges parce que je suis un vrai gaucher jouant sur un kit de batterie pour droitier. Je ne peux pas faire de roulements de toms comme les batteurs droitiers à cause de ça. Et c’est ce qui les rend si particuliers. »
Paperback Writer
Au début des séances de l’album Revolver, comme d’habitude, il fallait sortir un single et Paul a eu une idée étonnante : écrire sur un écrivain qui veut écrire des livres de poche. Le morceau est remarquable, à plus d’un titre. Tout d’abord, Paul joue sur une nouvelle basse, la Rickenbacker 4001, au son plus percutant. Le son donné en studio à cet instrument le met très en avant du mixage et c’est très original pour l’époque. Le refrain, chanté en canon, est tout simplement majestueux. Les chœurs, dans les derniers couplets, chantent « Frère Jacques ».
Taxman
J’ai longuement détaillé, dans les premiers articles, le racket fiscal dont les musiciens à succès étaient victimes à l’époque au Royaume Uni. George en rajoute une couche et déclare la guerre à l’Échiquier, l’équivalent de notre ministère des finances. Il incarne le rôle d’un percepteur prêt à tout pour ponctionner de l’argent au contribuable : la rue si on conduit une voiture, le siège si on essaie de s’asseoir, la chaleur si on a trop froid, les pieds si on veut se promener. Le ton est drôle car le personnage est mesquin et ridicule au possible mais ce n’est pas vraiment fictif. On peut trouver des percepteurs avec ce genre de mentalité, ça n’est pas si rare.
Eleanor Rigby
Une chanson surprenante : un chanteur qui double sa voix, John et Paul aux choeurs et un double quatuor à cordes… Personne n’avait jamais fait ça ! George Martin a composé le magnifique arrangement et dirige le quatuor. Les paroles évoquent la vie triste et misérable d’une femme solitaire vivant avec son père qui est prêtre. Très poignant.
I’m Only Sleeping
Une ode à la paresse dont John était friand. C’est le premier morceau où sont utilisées les bandes magnétiques lues à l’envers, en l’occurrence sur les guitares de George. S’étant trompé en manipulant une bande magnétique, John l’a fait passer à l’envers et a adoré l’effet.
Love You To
La première incursion des Beatles dans la musique indienne, non pas comme une simple source d’inspiration mais comme un morceau authentique. C’est bien sûr un morceau de George qui prenait déjà à l’époque des cours de sitar avec Ravi Shankar. Une chanson un peu pessimiste qui invite à aimer les gens avant qu’il ne soit trop tard. La plupart des musiciens présents sont indiens.
Here, There and Everywhere
L’une des plus belles chansons de Paul, toutes époques confondues. Inspirée par sa petite amie du moment, Jane Asher, elle décrit une relation amoureuse idéale et fusionnelle.
https://www.lacoccinelle.net/244828-the-beatles-here-there-and-everywhere.html
Yellow Submarine
Une chanson complètement loufoque et volontairement enfantine où les musiciens s’en sont donné à cœur joie point de vue délire. Et pourtant… Le tout semble très organisé et aura un succès durable. Elle servira même d’inspiration pour le dessin animé auquel ils participeront un an plus tard. Certainement la chanson des Beatles la plus célèbre qui soit chantée par Ringo.
Voilà, on est à la fin de la première face du disque et tous ces chansons magnifiques nous tournent dans la tête. Mais ça ne fait que commencer…
La prochaine fois : Revolver, la suite !




