
Je suis conseiller d’orientation, une profession salutaire à une époque où tant de jeunes sont déboussolés. Beaucoup d’élèves se cherchent et veulent être rassurés. Les demandes, toutefois, ont beaucoup changé ces dernières années. Il y a plus d’intérêt pour de nouveaux métiers, ceux dont on n’a pas vu l’avènement, et dont, d’ailleurs, personne ne s’apercevrait de la disparition*.
Une adolescente voulait par exemple devenir wedding planner. Je lui confirmais qu’elle avait de bonnes chances de réussir, tant elle planait naturellement. D’autres veulent être web designer ou faire de l’audit, du conseil, ou dans l’événementiel. Néanmoins, pas un ne sait en quoi ça consiste. Moi non plus. En tout cas, ça fait bien dans les soirées, pardon, les « after ». La communication attire également pas mal d’élèves qui y voient sans doute une manière d’être payés tout en téléphonant.
J’ai parfois des demandes plus spéciales. Un adolescent voulait être chasseur de têtes, mais a été très étonné quand je lui ai expliqué que cela n’avait rien à voir avec la vraie chasse. Il était vraiment déçu, car, dit-il, il avait déjà une liste toute prête. D’un autre côté, ça l’étonnait quand même un peu qu’on le paye pour ça. Pour ne pas rentrer bredouille, il me demanda s’il y avait une formation pour chasseurs de primes.
Les jeunes s’enquièrent de plus en plus de l’existence d’un BTS youtubeur ou d’un DUT influenceuse. Je leur assure que cela ne nécessite aucune formation et que l’on peut réussir même sans savoir lire ou écrire. Un vocabulaire limité est même plutôt recommandé.
Il y a les demandes classiques mais très pointues. Ainsi cet élève qui voulait être journaliste mais uniquement sur C News. Je lui conseillais de commencer par être commentateur sportif et ensuite de passer beaucoup de temps au bistrot du commerce pour approfondir sa vision du monde. Hélas, son test de QI, qu’il me fournit plus tard, était trop élevé et j’ai dû doucher son enthousiasme, d’autant plus qu’il était pour le pluralisme. Les plus originaux vont jusqu’à demander s’il existe une école pour être DJ ou ambianceur.
Quelques-uns, plus rares, attirés par la politique cherchent, par exemple, une filière « leader non-violent ». Je leur déconseille fortement, leur donnant des exemples concrets. « Allez-donc voir dans une encyclopédie» leur dis-je « ce qui est arrivé à Jésus Christ, Jean Jaurès, Gandhi, Martin Luther King. » La liste n’est pas exhaustive. Généralement après un tour sur Wikipédia, cela les refroidit, si je puis dire.
Étant toutefois soucieux de ne pas les laisser sans solution, je leur tiens le discours suivant : « La non-violence semble avoir peu d’avenir. Par contre, en matière de débouché politique pourquoi ne tenteriez-vous pas un DUT leader populiste, voire un BTS dictateur, l’un pouvant déboucher sur l’autre et ouvrir sur un Master Maître du monde. C’est très tendance et les risques sont minimes comparés à la voie non-violente. Les salauds ont la vie dure.»
Quel beau métier l’orientation !
PS : l’ami d’un voisin, rencontré récemment, après avoir fait de l’outsourcing en open space (je sais, encore des noms très cons!) pendant 10 ans, veut changer de vie car il ne trouve plus de sens à son emploi. Comme c’est surprenant! (comme est d’ailleurs surprenant le fait qu’il ait pu un jour y voir du sens!) Il cherche désormais à exploiter la graine de courge ou à se lancer dans le tressage des fougères.
*Si Demain, les agriculteurs ou les charpentiers disparaissent, nous aurons de gros problèmes. Si les chargés de communication ou les DRH disparaissent, il me semble que très peu de gens le remarqueront.




