
Avec l’assignation dont nous assomment les Torquemada de l’étiquette (“tu es homo” vs “tu es hétéro” , “tu es bourgeois” vs “tu es du peuple” , “tu es de gauche” vs “tu es de droite”, “tu es noir” vs “tu es blanc” , “tu es écolo” vs “tu es anti-écolo”, “tu es riche” vs “tu es pauvre”, “tu es lépidoptériste” vs “tu es hyménoptériste”, etc. – il y en a des millions) vient également bien souvent l’injonction des excités normatifs (“fais pas ci, fais pas ça”, “sois un homme, mon fils”, “choisis ton camp, camarade !” etc.)
À une époque où l’on vous catalogue encore plus vite qu’on allume un incendie, l’on est en même temps sommé de “se positionner”, pour ne pas dire “s’engager”. Cela vous range illico dans la catégorie “ennemi”, ou “ami”. Pas de droit à la prise de recul, ou alors plus prosaïquement pas de droit à l’erreur. D’où, souvent, plutôt qu’une réflexion honnête et mesurée vous amenant à une conviction étayée, une banale stratégie de survie afin de prendre le moins de coups possible… On se rappellera le comportement de nombre de compatriotes lors de l’Occupation, où la nécessité de se procurer du pain primait le plus souvent sur les engagements existentiels. “D’où vient le vent ?” , “Par où souffle-t-il le plus fort ?” deviennent les boussoles pour beaucoup, ne sollicitant chez nous pauvres pêcheurs que le cerveau reptilien. Vu que ceux qui nous assignent et nous demandent de nous engager – dans leur camp, évidemment – roulent en permanence des yeux furieux et ont la bulle d’excommunication facile, nous voilà bien ennuyés.
Pour tenter de ne pas revivre un temps digne des plus chouettes procès de Moscou, pour échapper à l’assignation, pour refuser l’injonction à être ou ne pas être, quelle est votre propre stratégie ? Si ce thème vous inspire, lisez Rebelle(s) ! Promis, nous ne vous dénoncerons pas.
La rédaction



