Que deviennent les opposants à la guerre en Russie ?

PrisonOn pourrait avoir l’impression qu’en Russie, tout le monde soutient la guerre déclenchée par Vladimir Poutine contre l’Ukraine. Que nenni. Depuis un an, il y a eu des manifestations tous les jours dans le pays, pour s’opposer à « l’opération militaire spéciale » du Kremlin.

Mais, vous allez le comprendre assez vite, même si vous n’êtes pas un fervent supporter de la guerre, il faut vraiment que vous soyez motivé pour le dire haut et fort.

Plus de 19 000 détentions pour s’être opposé à la guerre en Ukraine

En effet, les peines de prison sont légion. Le média russe OVD-info, dédié à couvrir la persécution politique en Russie, et déclaré « agent de l’étranger » par le Kremlin depuis 2021, a comptabilisé plus de 19 000 détentions de personnes arrêtées lors de protestations contre la guerre.

Rien qu’avant-hier, le 24 février 2023 (un bien triste anniversaire), 54 personnes ont été arrêtées dans le pays pour avoir manifesté contre la guerre.

Les sentences ne sont pas légères. Alexei Gorinov, par exemple, un ancien élu municipal de Moscou, a été condamné à 7 ans de prison pour avoir dénoncé l’invasion russe de l’Ukraine lors d’un conseil municipal1. Il est actuellement sous un régime spécial, qui fait que toutes les deux heures il est visité par les matons qui doivent s’assurer qu’il ne doit pas s’échapper (ce qui limite drastiquement son temps de sommeil…).

Psychiatrie politique

D’autres sont envoyés dans des centres de détention et soumis à des traitements psychiatriques forcés, tel Maksim Voronouski qui a été condamné pour avoir posté un commentaire sur un attentat suicide commis contre un bâtiment du FSB (le nouveau KGB), commentaire dont il dit ne pas être l’auteur. OVD info ajoute : « Il n’y a aucun espoir qu’une personne placée en traitement forcé puisse réellement recevoir des soins médicaux de qualité. La violence, les tortures et l’isolement sont bien plus probables. La psychiatrie punitive est souvent appliquée aux accusés dans les affaires politiques. »

Alors, lorsque vous demandez pourquoi les Russes ne sont pas tous dans les rues en train de protester, mettez-vous à leur place. Une bonne dose de désinformation sur TOUS les grands médias russes, une guerre qui ne se déroule pas chez eux et dont on leur dit qu’elle est justifiée par la volonté de l’Ukraine d’envahir la Russie, et le caractère néo-nazi du méchant Zelenski, et surtout, si malgré tout vous sentez que quelque chose ne tourne pas rond, vous savez qu’en descendant dans la rue vous risquez de passer les prochaines années en prison ou déporté dans des centres pénitentiaires éloignés (bien souvent en Sibérie), sous traitement psychiatrique. Oui, il faut être motivé.

Et la liberté de la presse ?

Pour ce qui est des médias, depuis le début de la guerre, plus de 10 000 sites Internet ont été bloqués. L’État a poursuivi sa lutte contre les médias indépendants avec encore plus d’acharnement : les sites d’au moins 265 publications ont été ajoutés aux registres des publications interdites, et 34 journalistes ont fait l’objet d’une procédure judiciaire pour être « anti-guerre ».

Heil Poutine !

 

  1. Lors de son procès pour avoir diffusé « sciemment de fausses informations », Alexeï Gorinov n’a pas plaidé coupable et il a utilisé son dernier temps de parole au tribunal pour dénoncer une fois de plus la guerre en Ukraine : « Je suis convaincu que cette guerre représente le chemin le plus court vers la déshumanisation, quand la frontière entre le bien et le mal devient floue. La guerre, c’est forcément la violence, le sang versé, des mutilations et des corps déchiquetés. C’est toujours la mort. Je n’accepte pas cela et je le rejette », a-t-il dit devant ses juges. 
Michaël Sens

Michaël Sens

Michaël Sens est le pseudonyme d'un auteur à la célébrité modérée, chroniqueur dans plusieurs magazines, adepte pour Rebelle(s) de l'écriture pamphlétaire modérée, un style créé ad hoc, grand pourfendeur de pas grand chose, grand promoteur de la raison quand elle n'est pas d'Etat, et amoureux des libertés publiques.

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