• S’abonner à Rebelle(s)
  • Contact
  • Mentions légales
mardi 18 août 2026
  • Login
Rebelle(s) Mag
  • Accueil
  • Politique(s)
  • Art(s)
  • Philo-spirit(s)
  • Société(s)
  • Littéraire(s)
  • Spécial Ukraine
  • Tribune(s) Libre(s)
  • Qui sommes-nous ?
No Result
View All Result
  • Accueil
  • Politique(s)
  • Art(s)
  • Philo-spirit(s)
  • Société(s)
  • Littéraire(s)
  • Spécial Ukraine
  • Tribune(s) Libre(s)
  • Qui sommes-nous ?
No Result
View All Result
Rebelle(s) Mag
No Result
View All Result

La Femme changée en renard 

Leçon d’amour dans un jardin anglais

Daniel Aquili by Daniel Aquili
20 novembre 2023
in Littéraire(s)
0
Partager sur FacebookPartager sur Twitter
Lady into fox
Lady into fox – de David Garnett

« Le vrai bonheur ne se trouve que dans le don de soi » (Garnett, Lady into Fox).

Cela pourrait ressembler à un conte, mais un conte pour adultes, trop étrange et cruel pour des enfants.

Cela pourrait ressembler à une parodie cynique des paroles qui scellent l’engagement du mariage, qu’il soit religieux ou civil, ce serment d’assister l’autre dans les épreuves de la vie, dans la santé, dans la maladie. Car quelle religion imposerait à l’époux d’aimer encore sa conjointe si elle devenait une bête ?

C’est pourtant cette preuve d’amour absolu que donne Mr. Tebrick à sa femme Silvia changée soudain en renard au cours d’une promenade. Au lieu de s’interroger sur le sens que prend désormais sa relation avec elle, le mari aimant ne songe qu’à une seule chose : comment protéger son épouse devenue si fragile ? Aussitôt il tue ses chiens excités par l’odeur de leur maîtresse devenue renarde, congédie ses domestiques et s’enferme avec elle dans sa demeure. Avec elle, quelle que soit son apparence, il n’a besoin de personne. Par la suite, bien que Silvia s’animalise toujours davantage jusqu’à avaler tout cru un lapin, l’amour de Tebrick ne faiblira jamais : « Si changée que vous puissiez être, mon amour ne change pas » déclare-t-il à sa renarde de femme.

La leçon est claire, et le lecteur est même un peu déçu de la trouver exprimée, fût-ce de façon désinvolte (car nous préférons toujours les fables dont la morale reste implicite, dont les portes n’ont pas de clef, nous laissant libres de chercher nous-mêmes les pistes d’interprétation possibles).

Ainsi, par plaisanterie, l’auteur nous défie de trouver meilleur exemple de fidélité conjugale : « Qu’il était différent de ces maris qui, leurs femmes devenues folles, les enferment dans un asile et s’abandonnent au concubinage »

Mais ces mots étaient inutiles ; on avait déjà deviné le sens de l’apologue : comment aimer encore l’autre quand son apparence, part si importante de son charme et de son identité, a changé, s’est dégradée, avilie, au point de compromettre toute communication dans le couple, toute possibilité de contact avec les autres, ne laissant d’autre perspective de vie que la claustration à deux, loin des humains ?

On pense en effet d’abord à la folie, ou à la dépression, la toxicomanie, des addictions détériorant la rationalité, monnaie d’échange des rapports sociaux – ou à certaines maladies, certains accidents de santé qui peuvent transformer le corps, l’esprit, la parole – on pense aux infirmités de la vieillesse, physiques ou mentales. Ou bien encore, de façon plus légère, la renarde rusée, ce peut être le mensonge, l’infidélité, une double vie cachée, la dispersion amoureuse, une gourmandise sensuelle soudaine, animale, qui viennent perturber la vie du couple, et que l’amant parfait accepte sans sourciller…

Le petit livre de Garnett est paru en 1922. Quelques années plus tôt, en 1915, Kafka publiait La Métamorphose. Ici pas de morale explicite. Pas d’amour inconditionnel non plus : la famille du pauvre Gregor Samsa transformé en énorme cloporte le regarde (l’évite plutôt) avec horreur et dégoût, et cherche bientôt un moyen de se débarrasser de « lui ». Point commun entre les deux récits : le héros, face à l’irruption du fantastique au cœur de la vie quotidienne, ne s’étonne pas outre mesure mais conserve toujours sa raison logique et pratique, réfléchit aux moyens de faire face à une situation radicalement nouvelle. Mr. Tebrick se soucie désormais de protéger sa femme devenue renarde des chasseurs et des chiens. Gregor Samsa, devenu un insecte monstrueux, s’évertue à se justifier auprès de sa famille, de ses supérieurs, à réparer l’incident par des paroles rassurantes.

Le récit de Garnett procure un charmant moment de lecture, grâce au ton léger, à la complicité spirituelle avec le lecteur, à ce délicieux humour anglo-saxon qui n’est pas si éloigné de l’ironie voltairienne : c’est une manière de conte philosophique.

Mais il ne saurait accéder à la profondeur existentielle, psychique, sociale où nous plonge La Métamorphose. L’intensité dramatique, les enjeux, l’implication de la personnalité tourmentée de l’auteur sont ici d’une autre échelle. Kafka met en scène l’horreur du Corps, de son impureté, l’effroi de vivre sous le regard des autres, l’effroi de vivre tout court – et selon son ami Max Brod, cet insecte immonde met en scène la condition du Juif soustrait à la communauté des hommes, condamné à vivre en ermite, tout comme Karl Rossmann dans Amerika, chassé par ses parents, qui doit s’exiler vers l’Amérique, tout comme Joseph K., le héros du Procès que Kafka vient d’écrire, arrêté sans raison, qui se lance dans une plaidoirie inutile devant un auditoire hostile.

Cette pauvre vermine embarrassée pour parler par la faute de son corps dépourvu de bouche humaine, c’est encore l’innocent condamné par les apparences, incapable de se défendre (on se rappelle la chemise du soutier, autre accusé impuissant, qui pend lamentablement dans Amerika), malgré toute sa verve, son exubérance oratoire : personne, ni famille ni chef venu de la maison de commerce ne peut saisir un mot de ce qu’il baragouine. Il n’a plus de voix humaine.

Revenant à Garnett, on conseillera aux lecteurs qui ont goûté aux aventures de sa renarde et de son époux à l’amour indéfectible, un petit roman du même auteur, où l’on retrouve à la fois son imagination narrative audacieuse et sa leçon morale, plus tacite, plus légère et souriante : Un homme au zoo.

Lors d’une promenade au Jardin Zoologique de Londres, un jeune homme se querelle avec sa fiancée aux sentiments devenus indécis et qui lui lance, par dépit et agacement : « On devrait vous enfermer et puis vous exhiber ici, au Zoo, avec le gorille d’un côté et le chimpanzé de l’autre » Piqué au vif, il prend ces mots au pied de la lettre et propose au directeur du Zoo de l’exhiber au Palais des Singes, comblant ainsi une lacune regrettable puisque l’espèce humaine est le seul mammifère important non représenté dans la ménagerie. On juge l’idée excellente. Le voici bientôt exposé dans une cage entre le Chimpanzé et l’Orang-Outang, avec un écriteau : HOMO SAPIENS. On n’en dira pas davantage…

Tags: Amérikacontecritique littéraireDaniel AquiliDavid GarnettFranz KafkaLa MétamorphoseUn homme au zoo
Previous Post

Entretien avec Emmanuel Pierrat

Next Post

Le féminisme n’a jamais tué personne, la misogynie tue tous les jours

Daniel Aquili

Daniel Aquili

Professeur agrégé de lettres, Daniel Aquili a longtemps exercé dans un lycée de l’Est parisien, où il s’est attaché à faire découvrir le théâtre à ses élèves. Il est co-scénariste du film L’Anniversaire de Thomas (1982), hommage lyrique à l’aventure de la sidérurgie lorraine et de l’immigration italienne, à travers le destin tragique d’une cité du fer, Villerupt.

Next Post
Les Précieuses 6

Le féminisme n’a jamais tué personne, la misogynie tue tous les jours

Please login to join discussion

Dossier Mélange des genres (cliquez ici)

IMG 3199 2
Dans les rues de Stockholm © Eric Desordre

Dossier Mélange des genres (cliquer ici)

IMG 3199 2
Dans les rues de Stockholm © Eric Desordre
Rares sont ceux qui méritent qu'on les contredisent
Ernst JüngerAphorismes
On ne s'approprie que ce qu'on a d'abord tenu à distance pour le considérer.
Paul Ricoeur
La vie est jeune. En vieillissant, elle se fait durée, elle se fait temps, elle se fait adieu.
Romain Gary
Il est vain de vouloir libérer la vie des mensonges de l'art.
Georges Bataille
La viande de boeuf est faite d’un subtil mélange d’herbe et d’air. Ne manger que ça, c’est être végétarien…
Paulo, végétarien jésuite
Les bêtes sont des personnes muettes
Un buronnier, vacher de l’Aubrac
Les gens exigent qu'on ait un métier. - Comme si vivre n'en était pas un - et encore le plus difficile !
Emil Cioran
Quand un philosophe me répond, je ne comprends plus ma question.
Pierre Desproges
On ne peut expliquer un paradoxe, non plus qu'un éternuement. D'ailleurs le paradoxe n'est-il pas un éternuement de l'esprit ?
Emil Cioran
Ce que je veux dire, c'est qu'elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n'ai jamais su où aller depuis.
Romain Gary
La nature et l'univers sont violents, mais pas cruels
Alejandro Jodorowsky
L'intelligence ne peut pas ouvrir un cœur fermé. Seul un autre cœur ouvert peut l'ouvrir.
Alejandro Jodorowsky
On ne peut savoir si l'homme se servira longtemps encore de la parole ou s'il recouvrera petit à petit l'usage du hurlement.
Emil Cioran
Ne dis pas tout ce que tu sais, ne crois pas tout ce que tu entends, ne fais pas tout ce que tu peux. Garde en toi un jardin secret.
Alejandro Jodorowsky
Je ne crois pas qu’il soit possible, même à ceux qui ont de grandes familles, de réussir s’ils n’unissent pas à leur talent naturel des qualités simples, solides, laborieuses, et surtout une légitime confiance dans le succès : il n’y a rien de tel en ce monde que de vouloir.
Charles Dickens
Accepter le seul risque raisonnable, celui de se dépasser.
Erri de Luca
L’art est une reconfiguration du champs des possibles
Jean-Louis Bischoff
Le destin de celui qui ne songe qu'à se mettre à couvert, c'est d'être survolé
Ernst JüngerAphorismes
L'homme le plus éclairé est le plus ébloui
Victor Hugo
Si tu veux arrêter de faire ce que tu fais, arrête d'être ce que tu n'es pas.
Alejandro Jodorowsky

Abonnez-vous à notre newsletter

Inscrivez-vous à notre newsletter !

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Vérifiez votre boite de réception ou votre répertoire d’indésirables pour confirmer votre abonnement.

Rubrique(s)

  • 3 questions à…
  • Art(s)
  • Cinéma(s)
  • Classique(s)
  • Dossier du mois : Au secours !
  • Dossier du mois : Envers et contre tout
  • Dossier du mois : Infos, complotisme et vérités alternatives
  • Dossier du mois : L'art peut-il influencer le monde ?
  • Dossier du mois : L'espérance… aujourd'hui ?
  • Dossier du mois : L'Éveil
  • Dossier du mois : L'Humour… l'Amour ! Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ?
  • Dossier du mois : L'Ironie – les poètes à l'attaque
  • Dossier du mois : La foire aux cons : toujours d'actualité
  • Dossier du mois : Le monde d'aujourd'hui est-il le même ?
  • Dossier du mois : Manipulés… manipulateurs ?
  • Dossier du mois : Mélange des genres
  • Dossier du mois : Qu’est-ce que se rebeller aujourd’hui ?
  • Dossier du mois : Un chemin d'égarement
  • Edito(s)
  • Geekologie(s)
  • Hommage à Jean-Luc Maxence
  • Inclassable(s)
  • L'impertinence poétique
  • Le Mag papier
  • Les gonzoïdes de l'Apocalypse
  • Les grands entretiens rebelle(s)
  • Littéraire(s)
  • Mémoires Démasqués
  • Petites vignettes
  • Philo-spirit(s)
  • Politique(s)
  • Rock and Folk et Musique(s)
  • Société(s)
  • Spécial Ukraine
  • Théatre(s) – Spectacle(s) – Expo(s)
  • Tribune(s) Libre(s)
  • Voyage(s)
interviews 1 scaled

Articles récents

  • Bouclé 16 août 2026
  • Lorenzaccio ou crier “Liberté” 15 août 2026
  • La Passion des trains 14 août 2026
  • Maître du Monde 14 août 2026
  • Les Beatles… Un cadeau des Dieux ? Seizième partie 7 août 2026
  • De la joie en musique 7 août 2026
  • GI Joe au service de la liberté 7 août 2026
  • Le Nouvel Hollywood (4/4) 7 août 2026
  • Le Nouvel Hollywood (3/4) 31 juillet 2026
  • Patrick Balkany ou la Politique au service des Gens 31 juillet 2026
  • Il ne faut jurer de rien 31 juillet 2026
  • Les Beatles… Un cadeau des Dieux ? Quinzième partie 30 juillet 2026
  • Les Beatles… Un cadeau des Dieux ? Quatorzième partie 26 juillet 2026
  • Le Nouvel Hollywood (2/4) 23 juillet 2026
  • Le défilé du 14 juillet 23 juillet 2026
  • BNF, c’est Jurassic Park 23 juillet 2026
  • La lame bleue de l’outre-peine 23 juillet 2026
  • Le Balayeur 19 juillet 2026
  • Amour toujours 19 juillet 2026
  • Un cas de soumission magique 19 juillet 2026
  • Les Beatles… Un cadeau des Dieux ? Treizième partie 19 juillet 2026
  • Cauchemar 8 juillet 2026
  • Les Beatles… Un cadeau des Dieux ? Douzième partie 8 juillet 2026
  • La tasse athée 29 juin 2026
  • Georges Brassens 29 juin 2026

© 2026

Welcome Back!

OR

Login to your account below

Forgotten Password?

Retrieve your password

Please enter your username or email address to reset your password.

Log In
RBLs
Gérer le consentement aux cookies
Nous utilisons des cookies pour optimiser notre site web et notre service.
Les cookies fonctionnels Toujours activé
Le stockage ou l’accès technique est strictement nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de permettre l’utilisation d’un service spécifique explicitement demandé par l’abonné ou l’utilisateur, ou dans le seul but d’effectuer la transmission d’une communication sur un réseau de communications électroniques.
Préférences
L’accès ou le stockage technique est nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de stocker des préférences qui ne sont pas demandées par l’abonné ou l’internaute.
Statistiques
Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement à des fins statistiques. Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement dans des finalités statistiques anonymes. En l’absence d’une assignation à comparaître, d’une conformité volontaire de la part de votre fournisseur d’accès à internet ou d’enregistrements supplémentaires provenant d’une tierce partie, les informations stockées ou extraites à cette seule fin ne peuvent généralement pas être utilisées pour vous identifier.
Marketing
Le stockage ou l’accès technique est nécessaire pour créer des profils d’utilisateurs afin d’envoyer des publicités, ou pour suivre l’utilisateur sur un site web ou sur plusieurs sites web ayant des finalités marketing similaires.
  • Gérer les options
  • Gérer les services
  • Gérer {vendor_count} fournisseurs
  • En savoir plus sur ces finalités
Voir les préférences
  • {title}
  • {title}
  • {title}
No Result
View All Result
  • Accueil
  • Qui sommes-nous ?
  • Le Mag Papier
  • Geekologie(s)
  • Littéraire(s)
  • Société(s)
  • Politique(s)
  • Art(s)
  • Art(s)
  • Cinéma(s)
  • Rock and Folk et Musique(s)
  • Théatre(s) – Spectacle(s) – Expo(s)
  • Dossier du mois : Qu’est-ce que se rebeller aujourd’hui ?
  • Edito(s)
  • Inclassable(s)
  • L’impertinence poétique
  • Littéraire(s)
  • Philo-spirit(s)
  • Tribune(s) Libre(s)
  • Voyage(s)
  • Dossier du mois : Qu’est-ce que se rebeller aujourd’hui ?
  • Contact

© 2026

Ce site web utilise des cookies. En continuant à utiliser ce site web, vous consentez à ce que des cookies soient utilisés. Visitez notre Politique de confidentialité et de cookies.
Are you sure want to unlock this post?
Unlock left : 0
Are you sure want to cancel subscription?