
Le monde dans lequel nous vivons est de plus en plus surprenant. Dans ce monde, le législateur tient une place à part et se charge d’apporter sa touche de nouveauté, d’inattendu. Son inventivité n’a d’égale que sa totale déconnexion du réel, qui est si grande qu’elle donne une idée de l’infini. Bref, c’est un créateur, que dis-je, c’est un poète !
Ainsi, et bien que l’information présente sans doute peu d’intérêt à vos yeux, mon immeuble a besoin d’une nouvelle toiture. Moi aussi, mais c’est une autre histoire. Les provisions ont été faites, l’entreprise désignée, et tout semblait onéreux mais assez simple. C’est à ce moment que, comme tous les copropriétaires, j’ai reçu une facture pour le diagnostic environnemental.
Surprise !
Mais qu’est-ce donc ? Car en fait d’environnement, je suis plutôt dans le genre très urbain : immeubles à gauche, à droite, en face et pas un arbre à moins de 500 mètres. Pas le moindre brame du cerf, la moindre reproduction de tortues marines, pas la plus petite zone humide, étape essentielle pour la migration des oies des neiges.
Du béton de la pierre et de la tuile.
Bien sûr, nous avons notre lot de bêtes charmantes qui nous rappelle à notre lointaine lignée animale. Des pigeons, adorables rats ailés qui conchient les véhicules que nous osons encore posséder. De plus en plus de moustiques qui animent avec espièglerie nos nuits d’été. Des rats, sans ailes cette fois, que nous nourrissons grassement.
Mais, foin de digression, revenons donc au diagnostic. Celui-ci sera fait par un expert conseil naturaliste. Les nouveaux métiers ont le don de me réjouir par leur originalité qui n’a d’égale que leur absolue inutilité. Celui se place tout en haut.
Rien que pour visiter l’immeuble, le monsieur prend 100 euros, ce qui montre bien son importance. Dire que mes amis, ces naïfs, viennent gratuitement ! Pour déterminer la présence de nidification d’oiseaux ou de chiroptères, c’est 400 euros. Et pour nous faire un rapport illustré (rédigé par l’IA, soyez-en sûr) c’est également 400 euros.
Là, je m’arrête pour saluer l’action militante acharnée qui a amené le vote d’une loi instituant ce diagnostic désormais réglementaire. Les mots me manquent pour célébrer le front de libération de la pipistrelle ou le mouvement pour la préservation du connard huppé et de la pétasse à bretelles. Chapeau bas !
Ainsi, en campagne, où je me rends souvent, les coupes « autorisées » de sapins et arbres divers peuvent ravager des pans entiers de collines, rendre inutilisables les sentiers, laisser des tranchées profondes qui prennent des années à se combler. Tout ça sans diagnostic. Mais l’ergastule cendré et la mignardise à cul rouge qui, c’est bien connu, peuplent nos immeubles, nécessitent une protection rapprochée. On nage en plein délire ! Et l’on réintroduit les pesticides !
Le plus beau c’est que si l’on trouve un nid d’oiseau protégé, le chantier doit être immédiatement suspendu, sous peine de 3 ans d’emprisonnement et de 150,000 euros d’amende. Il faut ensuite procéder à l’ « évitement » ! C’est à dire, pour les oiseaux, aucun chantier entre mars et fin août et pour les chauve-souris entre mai et juillet et en septembre octobre. Il faut solliciter une dérogation qui prend plusieurs mois à être délivrée.
Et là, si vos artisans ne sont pas morts et acceptent de travailler du 25 décembre au 1er janvier (sans blesser aucun renne), votre affaire est réglée.
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?
Je me pense pourtant écologiste et je respecte scrupuleusement la nature mais les cons, j’ai du mal. Et ceux qui ont voté cela sont vraiment très difficiles à sous-estimer. Ils ont dû boire l’eau des nouilles avant la séance.
Dans l’esprit de création dont je vous parlais au début de cette chronique, j’attends maintenant goulûment le vote de nouvelles législations inventives. Par exemple l’interdiction de changer ses draps ou se raser les aisselles sans diagnostic préalable sur la présence d’acariens protégés. Restriction des jours de ramassage des poubelles pour économiser le carburant et limiter le plastique. Obligation de stocker les déchets jusqu’à une semaine sous peine d’amende.
Si vous avez d’autres idées lumineuses, n’hésitez pas ! Et ne vous dites surtout pas qu’elles sont exagérées ou absurdes. Foncez !



