
Je suis dans mon lit, finissant ma nuit. Je sens que le matin approche, s’il n’est pas déjà là. Mon cerveau est calibré, paramétré, synchronisé avec mon radio-réveil. J’ouvre un œil et, automatiquement, la radio s’enclenche.
– « Bonjour et bon réveil à tous ! Il est 7 h 00 sur Radio Béton. Et tout de suite, un point sur la météo avec Marie-Pierre Mortier. Alors, Marie-Pierre, quel temps fera-t-il aujourd’hui ?
– Bonjour, Florence. Eh bien, aujourd’hui, il fera bleu ! »
À tâtons, mes doigts atteignent l’interrupteur du radio-réveil et, d’une pression, lui coupent le sifflet. Je me remets immédiatement en boule sous ma couette pour en savourer une dernière fois la chaleur, avant d’éclore d’un coup, en bondissant hors de mon lit. J’actionne l’ouverture automatique de mes volets, et je m’étire face à mes fenêtres, en me présentant ainsi au monde.
Effectivement, dehors, il fait bleu.
Cela fait quelques années maintenant que le béton de la ville a décidé d’avaler les couleurs. Toutes les couleurs, et de nous en laisser une seule par jour. Aujourd’hui, c’est le bleu. Ces trois derniers jours, on n’avait eu que du rouge. Alors du bleu, c’est bien, ça change.
J’active ma cafetière et je regarde dehors en écoutant le café couler. Les rues ont l’air plus calmes que lorsqu’il faisait rouge. Les gens étaient très agressifs. Ils auraient déjà été dehors à cette heure-ci, à se taper dessus.
Sur le trottoir d’en face, je vois une mésange bleue, un merle bleu et un bleu-gorge se disputer un mégot, en slalomant entre les colonnes de la bibliothèque. Vivement qu’il refasse vert, qu’on respire un peu, même si le bleu, finalement, ce n’est pas si mal.
On nous avait pourtant prévenus. Mais nous, nous n’avons pas voulu écouter, pour préserver notre sacro-saint confort. Maintenant, ce n’est plus entre nos mains. C’est le béton qui décide.


