
Les démoniaques vigies d’Anne Van der Linden sont nues afin d’éviter que leur bât blesse – sinon aux ânes qui leur courent après et rêvent de les chérir. Reconnaissantes elles croquent leur chair d’idiot, leurs noyaux et leur liqueur dont la gourde ou gourdin n’est jamais de petite taille pour de tels joncs-quilles.
Dans les carambolages symboliques, infernaux et bien plus que dantesques il y a tout pour savourer de telles chiennes (dont le mot est un euphémisme). Les pâtés qu’elles concoctent tient du clafoutis, plus viandards que mystiques. Belzébuth, Bellmer semblent en voie d’être remisés au magasin des antiquités, même si de belles mères pratiquent un fétichisme qui mord les queues dans les harcèlements féminins voire féministes que crée l’artiste aussi religieuse athée qu’iconoclaste.
Chez ces égéries dévêtues, nues, libres, « tout est bon pour leur panse » aurait dit Rabelais qui se réjouirait de telles bacchanales et leurs annales – trous compris.
Elles deviennent des déesses volcaniques. Il n’est pas jusqu’aux Christ de tomber dans le concret de pâmes dont le totem n’est que pater austère embaumé de néant et de fêtes. Tout s’agite dedans avec des « esprits » (enfin presque) aux os musculeux et parfois ornés de chaînes. Issues de nouveaux archétypes pour ces « monstresses » – accompagnés d’animaux subliminaux ou évidents et lucifériens -, l’homme n’est qu’un souffle provisoire, un courant d’air de leur boîte crânienne. Et ce jusqu’à leurs orteils.
Anne Van der Linden ne cesse de jouer avec de telles images faussement votives. Elle les transforme en gouffre instrumental où les hommes sont envoûtés avant que les femmes s’en amusent et les brisent. Sa création ouvre à des corps aux membres superflus qui poussent comme des branches. Innocents ? Ils sont digérés dans ce théâtre d’un grand guignol drôle et ironique. Anne Van der Linden n’explique rien, elle touille la pâte des « ensemenceurs » jadis censeurs en un clafoutis anthropophage. Elle a ainsi toujours un coup, un cran d’avance. Bref demeure matière que matière !
Jean-Paul Gavard-Perret
Anne Van der Linden, « Figurations libérées » à la galerie Pozor, Paris.


