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Le Nouvel Hollywood (2/4)

Une décennie prodigieuse

Lionel Gerin by Lionel Gerin
23 juillet 2026
in Art(s), Cinéma(s)
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Easy Rider Columbia Pictures 1969
Easy Rider Columbia Pictures 1969 –

Easy Rider sort en juillet 1969 et c’est le film que beaucoup attendaient. C’est un road movie, mais les protagonistes vont d’ouest en est, c’est à dire à l’inverse du mouvement « naturel » et historique de la frontière, nom américain de la colonisation. Un retour, sinon aux origines, tout au moins à la réalité de l’Amérique profonde. Le film commence dans l’euphorie, la griserie de la route, la nouveauté de l’espace à (re)conquérir, au son du « Born to be Wild » de Steppenwolf. Après un passage dans une communauté hippie, une des premières montrées à l’écran, sur un mode utopique et bienveillant, la route se fera de plus en plus dure, de rencontres en rencontres, jusqu’au cœur profond du pays, où l’intolérance et la violence sous-jacente feront voler en éclats les illusions de fraternité. Plus dure sera la chute. Le public était prêt à voir des personnages non stéréotypés, qui, pour les jeunes, leur ressemblaient, avaient comme eux envie d’ailleurs et d’autre chose. Devant le succès du film, la machine hollywoodienne opéra assez vite un virage et donna leur chance à des films différents, qui n’auraient pu se faire auparavant ou avec des budgets ridicules. S’ouvrit alors, pour le bonheur des cinéphiles, une parenthèse fantastique de liberté et de créativité qui apporta son lot de grand films et de chefs d’œuvre.

Parcourons, à grands traits, certains des films qui ont marqué cette période bénie.

Parfois chronologique, cette présentation est aussi thématique et ne prétend pas être exhaustive. Mon seul but est de vous donner envie de voir, ou revoir, ces films.

Après le succès d’Easy Rider, de nombreux road movies vont voir le jour. En 1971, Richard Sarafian sort « Vanishing Point/Point limite zéro * » où le héros désenchanté est l’incarnation parfaite de la fin du rêve américain. Un très grand film, tout comme l’extraordinaire « Two-Lane Blacktop/Macadam à deux voies » de Monte Hellman la même année. Sa compétition dérisoire et sa fin mythique en font, une fois encore, le commentaire de ces années-là. Nouveaux Bonnie & Clyde, Martin Sheen et Sissy Spacek incarnent des tueurs juvéniles en cavale traversant la vacuité des déserts du Middle West dans le génial « Badlands/La balade sauvage », premier film de Terence Malick en 1973. En 1976, Al Ashby racontait dans « Bound for Glory/En route pour la gloire » la vie itinérante de Woody Guthrie, musicien contestataire des années 30 quittant sa ville pour la Californie, en pleine grande dépression. Après avoir tourné « Duel » et sa poursuite folle en 1971, Spielberg conte la cavale d’un couple évadé en 1974 dans « Sugarland Express ».

La violence, déjà présente dans certains films cités précédemment, se fait de plus en plus présente et est montrée sans fard. Fini le cow-boy ou le Marine qui tombe sous les balles sans une trace de sang. Voilà ce qu’est vraiment la violence, disent les réalisateurs. « M.A.S.H. » qui décrit la boucherie d’un hôpital militaire proche du front, sur fond de dérision, sort en 1970 et reçoit la palme d’or à Cannes. L’antimilitarisme est reconnu et célébré en pleine guerre du Vietnam.

La même année sortent « Little Big Man » d’Arthur Penn et « Soldier bue/Soldat bleu » de Ralph Nelson, deux westerns qui dépeignent le massacre des indiens d’une façon ultraviolente, critiquant tout à la fois la conquête et l’histoire officielle, mais également, en filigrane, la guerre du Vietnam, omniprésente dans la réalité américaine. « Jeremiah Johnson » de Sydney Pollack en 1972, est un western mutique et hivernal traversé par Robert Redford, qui expérimente dans sa chair la violence brute d’une nature hostile et des indiens qui y sont confrontés. En 1971, Peckinpah sort « Straw Dogs/Les chiens de paille » qui se termine en hécatombe. S’il en était besoin, en 1972, John Boorman enterre à tout jamais le mythe hippie des communautés rurales bienveillantes, harmonieuses et paisibles, tout comme le mythe d’une mère-nature accueillante. Le formidable « Deliverance/Délivrance », road movie aquatique définitif, nous montre des êtres dégénérés, d’une violence presque animale, et le brave citoyen respectueux de la loi et adepte du rêve américain en est réduit à devenir une proie fuyant dans une nature sauvage et fatale. En 1974, Tobe Hooper poussera ce qu’on croyait être un paroxysme chez Boorman encore plus loin avec le mythique « The Texas Chainsaw Massacre/Massacre à la tronçonneuse » où, dans les coins reculés de l’Amérique, rôdent des primitifs sadiques. Le cauchemar continue et s’amplifie.

En même temps, après les bikers d’« Easy Rider » apparaissent d’autres personnages, jamais montrés, ou très en marge, dans les films classiques. Ainsi, Dustin Hoffman, homosexuel souffreteux, en « couple » avec John Voight, gigolo débarqué à New York de sa campagne, dans « Midnight Cowboy/Macadam Cow-boy » de John Schlesinger, en 1969. On retrouvera un autre couple homosexuel dans le hold-up de « Dog Day Afternoon/Un après-midi de chien », de Sydney Lumet, avec Al Pacino et le formidable John Cazale. Le même Al Pacino et Gene Hackman, forment un improbable duo de clochards paumés parcourant l’Amérique dans « Scarecrow/L’épouvantail » de Jerry Schatzberg en 1973, autre palme d’or.  Dans « The Rain People/Les gens de la pluie », un road movie de Coppola en 1969, Shirley Knight, enceinte et fuyant le foyer, prend en stop James Caan, simple d’esprit, pour un itinéraire chaotique, et Shelley Duval est une jeune femme lunaire et paumée dans « 3Women/Trois femmes », grand film de Robert Altman en 1977.

On doit encore citer Bud Cort, l’adolescent dépressif et suicidaire de « Harold and Maude/Harold et Maude » de Hal Ashby en 1971, ou rêvant de voler dans « Brewster Mc Cloud » de Robert Altman, l’immense, géniale et somptueuse Gena Rowlands en épouse alcoolique dans « A Woman under the Influence/Une femme sous influence » de John Cassavetes en 1974, et Al Pacino et Kitty Winn en junkies dans « The Panic in Needle Park/Panique à Needle Park » de Jerry Schatzberg en 1971, sans parler de Wanda/Barbara Loden, jeune épouse à la dérive dans le film éponyme qu’elle a elle-même réalisé.

Et puis, comment oublier les pensionnaires de l’asile, l’infirmière sadique et l’inénarrable Jack Nicholson dans « One Flew over the Cuckoo’s Nest/ Vol au-dessus d’un nid de coucou » de Milos Forman en 1975, qui reçut cinq Oscars et 6 Golden Globes !

Ces « marginaux », ces gens différents, ne sont qu’un échantillon de ce que montra le Nouvel Hollywood. Tout comme leurs interprètes, ils n’auraient eu aucune chance d’être au premier rang à l’âge d’or d’Hollywood. Al Pacino et Dustin Hoffman, par exemple, mesurent 1,67 mètres ce qui leur aurait d’emblée barré les premiers rôles, tout comme Shelley Duval, au physique si particulier.

Le Nouvel Hollywood   

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Lionel Gerin

Né à Roannes, Lionel Gerin est un poète publié notamment au Nouvel Athanor. Il enseigne et vit à Lyon. C'est un poète passionné de cinéma et de voyage.

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