
Êtes-vous heureux ?
D’ailleurs, que signifie le bonheur dans un monde où on ne pense plus ?
C’est bien ce qu’interroge Ray Bradbury dans son roman Fahrenheit 451, publié en 1953 aux États-Unis.
Dans l’univers qu’il décrit, tout est fait pour que les individus ne ressentent rien, ne choisissent rien. Le bonheur consiste à ne pas réfléchir pour ne pas affronter ses souffrances, ses contradictions. Il faut juste pour être heureux se divertir en permanence et suivre les règles édictées.
Les livres sont donc interdits car ils rendent malheureux en faisant réfléchir.
Montag est pompier, alors il brûle les livres qui sont si malfaisants.
Il croit avoir tout : un travail, une maison, une femme. Chez lui tout est froid et silencieux. Sa femme, comme tous les habitants, passe ses journées devant les écrans qui diffusent des images et des sons destinés à étourdir. Mais Montag est comme tous les autres, il vit en se croyant heureux.
Pourtant le monde de Montag va être bouleversé.
Tout d’abord, Clarisse apparaît. Elle est différente. Elle se promène, prend le temps d’observer la nature et s’émerveille de choses simples. Son bonheur est fait de curiosité, de liberté et d’émotions, loin du bruit et du divertissement abrutissant.
Elle pose la question qui va tout changer pour Montag : Êtes-vous heureux ?
Montag est troublé, il ne s’est jamais vraiment posé cette question.
Puis, un autre évènement survient. Une vieille femme préfère mourir avec ses livres plutôt que de les abandonner. Il en est complètement déstabilisé. Il cherche à comprendre cette réaction et veut savoir ce qui se cache dans les livres qui ont l’air si précieux. Il veut percer ce mystère et même s’il ne sait pas ce qu’il cherche, il ressent peu à peu le besoin de découvrir la vérité sur le monde qui l’entoure. La lecture devient pour lui un moyen de se libérer, de penser par lui-même.
En découvrant les livres, Montag réalise que la société dans laquelle il vit repose sur l’ignorance et le divertissement permanent. Il commence alors à remettre en cause son métier de pompier brûleur de livres. Il conteste les règles qu’il a toujours suivies et reconsidère même la vie qu’il partage depuis tant d’années avec sa femme. Ce qui lui paraissait normal autrefois lui semble désormais absurde et vide de sens.
Cette transformation est également émotionnelle. Il devient plus sensible à la souffrance des autres et cherche à comprendre les sentiments humains. Il ne veut plus obéir mais savoir, ressentir et choisir. Cependant, cette prise de conscience le rend plus inquiet et plus seul. Il découvre le prix de la vérité et de la liberté.
Pour autant, pour lui le bonheur, son nouveau bonheur, ne consiste pas à ignorer les problèmes mais à être libre pour les affronter. Il cherche à donner un sens à son existence.
Il passe alors d’un homme qui détruit les livres sans réfléchir à un homme qui veut préserver les idées et transmettre le savoir.
De plus, sa rencontre avec des personnes qui mémorisent les œuvres lui fait réaliser que les livres ne sont pas seulement des objets. Ils représentent la liberté et la richesse de l’expérience humaine.
Montag découvre une idée nouvelle du bonheur fondée sur la connaissance, la liberté de penser et la capacité à ressentir pleinement la vie.
À une époque où les réseaux sociaux, les écrans et les informations rapides occupent une place essentielle dans nos vies, ce roman nous rappelle l’importance de prendre le temps de réfléchir, de nous informer et de nous forger notre propre opinion. Lire Fahrenheit 451 c’est se rappeler de ne pas accepter aveuglément ce qu’on nous dit mais de penser par nous-même. Si les livres sont brûlés un jour, les idées qu’ils nous auront transmises resteront et sont essentielles pour préserver notre liberté.
Sophie Abib



