(Episode précédent) Le 24 juin 1966, les Beatles démarrent une tournée mondiale, comme chaque été. Ils vont commencer par l’Allemagne puis le Japon puis les Philippines. Excepté pour Brian Epstein, le moral n’est pas au beau fixe et tous les membres du groupe, comme George, en ont « marre de tout ce cirque ». Impossible de reprendre sur scène la majeure partie des albums Rubber Soul et Revolver tant leur musique s’est complexifiée. Paperback Writer et Day Tripper, en live, sont risibles. Mais le public ne s’en rends pas compte tellement il crie.
John, Paul, George et Ringo avaient bien sûr vécu comme dans un rêve leurs années de gloire et ils pouvaient être fiers de leur musique. Mais au-delà du talent à développer dans l’écriture des chansons, leur gloire avait un prix : impossible d’avoir une vie normale et chacun de leurs faits et gestes étaient observés et, éventuellement, réprimés.
Tout va mal : le Japon !
Le Nippon Budokan de Tokyo est une salle réservée habituellement aux arts martiaux. Les traditionnalistes japonais voient comme une offense à leur culture que les Beatles y jouent. Les manifestations antagonistes se multiplient.
L’attitude calme et respectueuse du public pendant le concert est plutôt déstabilisante pour le groupe. Le choc des cultures !
Tout va mal : les Philippines !
Les Philippines sont à l’époque une dictature dirigée par Ferdinand Marcos. La corruption et l’élimination des opposants est la manière « normale » de diriger.
Soucieuse de s’attirer les bonnes grâces des occidentaux, la femme du président, Imelda Marcos, invite les Beatles à une réception. Depuis leurs débuts, le groupe a spécifié qu’il n’aura aucun contact avec les officiels politiques de tous les pays. L’invitation est donc laissée sans suite et les Beatles ne sont même pas au courant.
Ce qui aurait pu passer sans problème dans un pays de culture occidentale reste en travers de la gorge du gouvernement dictatorial des Philippines. Toute une cabale retransmise à la TV montre comment les Beatles ont snobé Imelda Marcos.
En essayant de prendre leur avion le lendemain, le groupe doit faire face à des manifestations populaires haineuses et ont le plus grand mal à atteindre leur avion. Brian Epstein est mortifié : les Beatles ont failli être lynchés !
Tout va mal : les USA !
John Lennon, lors d’une interview avec une journaliste de ses amis a fait la remarque que les Beatles étaient actuellement plus populaires que Jésus. L’article est paru dans la presse anglaise et personne n’a trouvé à y redire.
Le problème est que quelques semaines plus tard, l’article a été repris dans un grand journal américain et là, dans un pays très religieux, ça ne passe pas. Dans l’Amérique puritaine d’alors (mais a t’elle jamais cessé de l’être ?), il y a eu une levée de boucliers des “bien-pensants” et des autodafés des disques du groupe. Le Ku Klux Klan a même organisé un défilé de protestation.
Le 12 août 1966, les Beatles débarquent dans cette tourmente et John est quasiment obligé de faire des excuses publiques devant les journalistes. Leurs derniers concerts ont été donnés sous très haute surveillance policière.
Le 29 août 1966, les Beatles donnent leur dernier concert au Candlestick Park de San Francisco. Ils doivent repartir en catastrophe dans un camion blindé à toute allure. La coupe est pleine !
Il est temps de passer à autre chose
Les concerts ne sont que bruit et fureur. Peu de morceaux de Rubber Soul et Revolver sont joués car ils se prêtent mal à la scène. Comment exécuter correctement les choeurs en canon de Paperback Writer dans tout ce bruit ? De plus, vu les cris stridents des filles pendant les concerts et la faiblesse des sonorisations de concert de l’époque, il leur était devenu impossible de s’entendre eux-mêmes sur scène. Où est le plaisir de jouer sa musique dans tout ça ?
Après toutes ces situations écœurantes, leur décision est prise : ils arrêtent les tournées pour se consacrer uniquement à l’enregistrement de leurs disques.
Brian Epstein accusera le coup difficilement : ces tournées étaient un tel bonheur pour lui. Toute cette agitation, le fait d’être en permanence avec les garçons… Et une occasion de séduire d’autres garçons, lui qui n’a jamais réussi à pleinement assumer son homosexualité…
Mais il est forcé de reconnaitre que les Beatles risquent désormais leurs vies et ça, c’est plus qu’il n’en peut supporter alors ils se fait une raison.
La prochaine fois : Le début de la fin pour les Beatles


