
Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours eu de la difficulté à m’intégrer, je ne rentrais pas dans les cases, les tiroirs, les boites, les classeurs. En un mot je n’étais pas classable, mais pas infréquentable car j’avais quelques amis que je vois encore aujourd’hui et qui me trouvent toujours aussi étrange.
Lorsqu’on me demande « vous faites quoi, de l’art mais encore ? » je ne sais pas quoi répondre.
Ainsi on m’a catalogué « inclassable ».
Qu’est-ce qu’il fait ce mec là et qu‘est-ce qu’il fait là…
On m’a bien évidemment répertorié, à juste titre, comme anarchiste et je m’en flatte car je suis réfractaire à tout ce qui est dans le vent, ce vent qui n’est pas le vent de l’histoire mais le souffle pestilentiel de la marchandise et du capital.
Je n’aime pas la mer, je n’aime pas la montagne et je fuis la campagne. Le sport m’ennuie et son spectacle me « coupe du monde » qui s’agite et hurle à chaque victoire. A l’instar de Pascal Quignard, je hais la musique qui envahit mon espace. Mais je n’ai pas la « haine de la poésie » comme Georges Bataille. Seul espoir : que la poésie s’empare du monde et le sauve d’une dérive mortelle.
Être ou ne pas être Poète, celui qui fait, celui qui vit ce que lui dicte l’esprit, celui qui refuse les dictats de l’intelligence artificielle, telle est bien la question.
En un temps incertain, je cultive mes incertitudes. Je ne crois en rien sinon en la force du dialogue et de l’échange, même si cette étiquette d’inclassable, abusivement apposé sur l’homme que je suis, est parfois un obstacle à la communication. Je n’obéis à rien, éternel objecteur, et aucune injonction ne me fera plier.
Assigné à résidence dans ce monde, je m’efforce d’y survivre en luttant même si je n’arrive pas à le transformer. Contre les marques du Marché et sa main occulte, j’érige mes marques, celles de mon humanité.
Daniel Daligand




