
il y a un début tout noir avec la parole souple et seule qui quête la vérité querelleuse comme une voix off d’avant toute première image comme une bande-son d’inconséquence l’ouïe avant la vue l’écoute telle une offrande
il y a les émissions de radio qui se succèdent dans la petite ville de Trenque Lauquen avec le lac les peeeping Tom les voyeurs punis par les dieux les émissions sur les femmes qui ont fait l’histoire les femmes qui explicitent/discutent les mondes
la radio est un média qui se regarde avec les oreilles alors le regard s’immisce dans la bande-son et la chanson sur la route qui franchit tout road-movie arrêté caméra devant le pare-brise pour intercepter tout mouvement délaissement désabusé des hommes comme des lonesome cowboys taiseux
(traverser nue comme la Godiva une ville à cheval à des fins humanitaires et sociales ou se faire star de cinéma à la Anita Ekberg façon Dolce vita se déployant dans un cinéma de paillettes et féerique niant tout réalisme désespéré à bas bruit)
toutes les Mata-Hari ont absorbé les fiertés et déroulé les douleurs systématiques sur les histoires de femmes amoureuses ou combatives est-ce l’autobiographie d’une femme sexuellement émancipée ou d’une femme perdue dans la désuétude épistolaire les relations adultères athées entre deux pages d’un livre au fond d’une bibliothèque de province poussiéreuse
en travelling sur la route toujours adieu je m’en vais à pied/en voiture on part au village d’América où l’on élève des cochons on a roulé sur des paysages on a opté pour la voiture grise où la dernière botaniste a cherché la dernière fleur jaune
lorsqu’on fait des photos numériques à partir des photos argentiques pour retrouver une institutrice suppléante au ventre libre au vagin libre on dévisage des visages en noir et blanc et de l’amour en noir et blanc
« la partie de » titrant les douze chapitres où chaque personnage raconte l’épopée de son propre point de vue perdu puis les femmes marchent par les chemins enceintes ou en ciré avec bottes avant de perdre toute contenance et cette femme amoureuse des années 60 se double de la femme semi-amoureuse contemporaine (s’enfuir avec un autre homme/une autre femme avant d’épouser l’homme avec qui on retape la maison définitive)
balade amoureuse conte livresque ou épistolaire qui vire au fantastique bande-son étrange une musique OVNI point de vue panoramique sur un lac une forme échouée qui jusqu’au bout restera forme créature incertaine enfant sauvage alligator le non-vu du cinéma le point noir juste des cris gutturaux inapprivoisés
une tour grise et laide un travelling à travers toute ville moderne à la Jarmusch un singe mutant telle science-fiction grotesque ou version écologique avec la botaniste face à la privatisation capitaliste d’une plage artificielle un travelling sur la contemporaine et affolante banalité urbanisée
au générique final première partie à chaque note de musique apparaît soudain une lettre du titre par les chemins Carmen Zuna sur les routes Rafael et Ezéchiel et l’amoureuse de 68 disparue entre vieilles lettres athées entre deux pages de livre
peeping Tom changement de point de vue l’avant-histoire seul Tom a regardé le spectateur ne verra pas la créature puis une étrange femme-apparition un écran une photo de journal je peux le voir ?/ non/ je peux l’entendre ?/ pas de réponse le monstre c’est juste un être qui respire dans l’eau un mutant mais le cinéma c’est surtout un cadre (ne pas pouvoir voir)
un ventre de femme enceinte sur structure enchâssée la femme de 68 de la première histoire la femme lesbienne de la seconde histoire il s’agit juste de mettre des images sur la voix off enregistrée par l’héroïne dans le studio radio avant de disparaître pour cela que la radio raconte ce que le cinéma regarde
en douze chapitres deuxième histoire le château d’eau tel un OVNI le scrupuleux travelling de l’errance nocturne et urbaine la déconstruction des mythes féministes par une science-fiction parodique et deux femmes qui s’aiment dans une grand maison avec un grand jardin
défile la ville défile la nuit puis Laura sous la pluie elle quitte la ville elle quitte la nuit le vélo la voiture elle quitte abandonnée comme écorchée route luisante de pluie/de boue erreur simultanée des capteurs de réel et des visions
mouvement de caméra final depuis la femme bord de l’eau allongée puis la caméra wandering sur l’eau et puis revient et berge vide elle est partie dans le hors-champ a quitté le film là réside le mystère et tombe le générique en chanson/musique elle est partie toute en mystère personne ne sait la créature la femme épistolaire la fleur jaune personne ne sait la fiction ou la science la fin de l’histoire le lac les douze chants les travellings urbains/nocturnes la radio tel metteur en images la radio à compléter l’image manquante et les mystères visualisés à fleur de caméra-visage
Anne Barbusse




