« Neuf mois de bonheur… enfin presque ! »

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Affiche 9 mois de bonheur enfin presque

Nos impressions sur cette pièce jouée au théâtre du Petit Gymnase, à Paris, depuis le 15 janvier 2016.

Force est de constater que le communautarisme est dans l’air du temps. Que le « vivre ensemble » est en danger, tant les uns et les autres semblent avoir du mal à cohabiter, et les différences à être acceptées. Nombreux sont les philosophes, auteurs, ou politiques à surfer sur cette vague de l’intolérance pour se faire mousser.

Dans ce paysage nauséabond, il est rafraîchissant de constater que l’art, et l’humour en particulier, puissent s’emparer du sujet et nous transmettre une réflexion, une mise en abîme, voire même nous faire rire avec les différences.

Autant le dire tout de suite : la pièce de théâtre « Neuf mois de bonheur… enfin presque ! » réussit parfaitement le pari de nous faire rire avec un thème universel, la grossesse. Le postulat de départ est simple et efficace : un « black » et une « beurette » sont en couple, et la jeune femme tombe enceinte. La pièce présente alors des scènes de la vie quotidienne qui retracent en quelques étapes clés les neuf mois de grossesse vécus par Leila et Oumar.

Ces scènes, très bien écrites, illustrent par l’humour les différences de tempérament, de mœurs, de prises de décision qui peuvent à la fois séparer pour au final réunir deux êtres humains amoureux, mais provenant de communautés différentes. L’auteur de la pièce, Oumar Diaw, et son compère d’écriture Fonzie Meatoug surfent sur les clichés, pour mieux les détourner, les tordre, et nous faire rire avec.

Ils parviennent à faire rire le spectateur à chaque scène, en effectuant une abstraction des préjugés, et en détournant habilement les poncifs classiques des étapes de la grossesse : annonce de la nouvelle et ses conséquences, notamment avec les parents, gestion des sautes d’humeur incessantes de la femme enceinte, maladresse du personnage d’Oumar quant aux attitudes à adopter… Et ce, jusqu’à l’accouchement.

Dans la salle, les spectateurs rient énormément, et se montrent réceptifs, quelle que soit leur origine, tant les comportements des deux personnages, Oumar et Leïla, parlent à tous.

Il faut dire que la pièce est humble, bien travaillée, sans une prétention outrecuidante, et elle en dit plus que ce qu’elle montre au premier abord. Les vannes sont ciselées, le rythme très soutenu, et la prestation des deux acteurs très juste. Leïla Boumedjane incarne magnifiquement ce personnage parfois aux limites de l’hystérie, et Oumar Diaw joue parfaitement ce rôle de compagnon subissant une situation parfois poussée jusqu’au  paroxysme, voire aux limites de l’absurde  ( on pense à cette magnifique scène d’un exorcisme tenté par Oumar sur Leïla pour que le « démon » qui la met dans cet état puisse « sortir de ce corps », et qui justifie presque à elle seule le déplacement. )

Une grande partie du succès repose sur l’alchimie entre les deux acteurs, leur complicité évidente, et leur jeu qui s’en ressent.

La mise en scène épurée de Noom Diawara, par ailleurs un des acteurs du film « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?» et comique de talent, a été pensée au service du texte et de l’efficacité des gags.

Aller voir cette pièce est l’assurance de passer un bon moment, de détente mais pas que, dans un climat de plus en plus lourd concernant les différentes communautés qui composent notre pays, et qui font toutes partie de la nation. Il vaut mieux prendre le parti d’accepter ces différences, et d’en rire. Le contrat, ici, est rempli.

Par Christophe Diard et Fanny Durousseau

 

Histoire de fous et de Ritaline

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Pressions - draft © uptaken.com
Pressions – draft © uptaken.com

Pierre vient de divorcer. C’est son ex-femme, Anne, qui a obtenu la garde de leur unique enfant, Adrien. Ce dernier a des difficultés à l’école. La femme de Pierre consulte un médecin qui la réfère à un collègue psychiatre. Ce dernier établit un diagnostic : l’enfant souffre d’un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité, soit TDAH, plus communément appelé hyperactivité. Il rédige une prescription de Ritaline, le produit phare pour traiter les enfants hyperactifs. La mère d’Adrien en parle à Pierre mais ce dernier refuse que son enfant soit traité avec une drogue psychotrope comme la Ritaline.

Rappelons que le produit est loin d’être anodin. Il s’agit d’une molécule de la famille des amphétamines. Les effets secondaires sont nombreux : problèmes cardiaques, croissance ralentie, perte d’appétit, irritabilité pour ne citer que quelques-uns. Mais ce sont les effets primaires que Pierre craint le plus. Il ne veut pas que son fils soit drogué, calmé, zombifié, au nom d’une norme sociale qu’il comprend mais qui, d’après-lui, ne justifie pas qu’on contrôle un enfant chimiquement pour l’y soumettre. Anne, la mère d’Adrien, vient d’engager des poursuites en justice contre son mari pour négligence sur enfant et demande qu’on lui enlève sa responsabilité parentale.

Pierre m’a appelé pour me demander conseil. Situation bien embarrassante et délicate pour lui. Rien ne dit qu’il perdra en justice mais le risque existe. Je le soutiens et je suis en train de préparer un mémoire en défense basé sur des éléments juridiques mais aussi sur la démonstration de la dangerosité du produit.

Certes, les effets secondaires du soit-disant médicament, que je nomme drogue, pourraient suffire à empêcher sa prescription. Pourtant des milliers d’enfants prennent tous les jours de la Ritaline ou un produit équivalent sans que personne ou presque ne s’offusque. Aux Etats-Unis, ce ne sont pas moins de 11% des enfants de 4 à 17 ans et 20% des ados de sexe masculin qui prennent du méthylphénidate, la molécule active de la Ritaline et des drogues équivalentes. Une étude récente montre que, dans ce pays, les enfants traités chimiquement pour hyperactivité sont plus souvent victimes de violences que les autres. La raison : ils sont soit rackettés par leurs camarades qui veulent leur voler leur drogue ou bien ils deviennent eux-mêmes dealers de leurs propres médicaments et entrent dans une spirale dangereuse de criminalité. Inquiétant.

[LA SUITE DE L’ARTICLE DANS REBELLE(S) N°2 DISPONIBLE EN KIOSQUE]

par Pierre Lefrate

Creed – L’héritage de Rocky Balboa

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Balboa © Scott D Welch
Balboa © Scott D Welch

Un retour sur la saga Rocky et une analyse de « Creed », film sorti le 13 janvier 2016

Il est de ces sagas mythiques qui ont marqué, sinon l’histoire du cinéma, au moins l’imaginaire du spectateur. Les processus identificatoires y sont souvent forts, les symboles choisis pour impacter durablement les « fans ». Non, nous n’allons pas parler de nouveau de « Star Wars », mais du « spin off » d’une série de films, « Rocky ».

Et là, bonne surprise ! Tout comme Star Wars VII renouait (parfois même un peu trop) avec son passé, « Creed » rend hommage avec finesse au tout premier « Rocky »… Let’s get ready to rumble !

Qui n’a pas déjà entonné la chanson mondialement connue “Eye of the tiger”, emblématique du tout premier épisode de la saga Rocky ? Toute une génération de spectateurs a été marquée par ce personnage, imaginé par Sylvester Stallone : ce boxeur de seconde zone, plongé dans la galère d’un quotidien éprouvant, choisi un jour parmi d’autres pour combattre le champion du monde en titre, Apollo Creed…

Dans le premier film, on suivait le parcours cabossé, comme son chien et comme lui-même, du boxeur Rocky Balboa, personnage attachant bien qu’un peu simplet, et qui allait, tout à coup, devoir affronter une montagne. On s’identifiait à ce David allant combattre un Goliath, on plongeait avec Stallone dans la misère des bas fonds de Philadelphie, on courait avec lui quand il courait dans les rues, et on vibrait quand il trouvait l’amour.

C’était un film touchant, pas tourné comme un film d’auteur, mais qui n’était pas construit non plus pour devenir un blockbuster.

Stallone avait éveillé un sentiment d’universalité chez le spectateur, une sorte de rêve américain transposé au monde entier, ou comment un brave gars de « Philly », boxeur amateur muni de son seul courage et de sa seule volonté, allait renverser des montagnes avant d’accéder au sommet.

Pour un budget de 960 000 dollars, une misère pour une production américaine, même à l’époque, le film allait rapporter en tout 225 millions depuis sa sortie en 1976…

Ce que le personnage de Rocky détenait en priorité, c’était du chien, du caractère, du courage, quoi. Un vrai survivant. Il avait « des couilles ». On peut dire que depuis, son interprète à l’écran les a en or…

Bien sûr, Hollywood a voulu faire fructifier cet apport « Stallonien ».

Rocky revint plusieurs fois sur le ring, même âgé, et les suites se succédèrent, tirant sur les mêmes ficelles, de plus en plus grosses ; reprenant les mêmes symboles, de plus en plus « has been » ; sans jamais atteindre la mélancolie et la sensibilité de l’original. Voire même, tournant un peu au ridicule, comme dans Rocky 5…

Mais on avait déjà senti une vergence dans la force dans « Rocky Balboa » (Rocky 6), davantage centré sur Rocky lui-même, comme une volonté de retour aux sources, versant plus dans l’intime.

Cette intimité se retrouve dans « Creed ». De manière surprenante il s’agit cette fois d’un blockbuster tourné à la manière d’un film d’auteur, que ce soit sur le plan visuel ou scénaristique.

D’une part, le réalisateur a fait le choix de filmer des plans serrés, au plus près des personnages, sur et en dehors du ring. En outre, des boxeurs professionnels ont été choisis pour interpréter le rôle des adversaires d’Adonis, le héros du film. Néanmoins, cette approche réaliste fut complètement abandonnée lors du combat final, le nombre et la violence des coups échangés étant impossibles à encaisser pour un boxeur, champions y compris.

D’autre part, cette intimité visuelle se retrouve sur le plan scénaristique, les interactions entre les personnages étant au cœur du scénario. Ainsi, tout le film s’articule autour de la relation avortée entre Adonis et son père Apollo Creed, ce dernier étant mort sur le ring avant même la naissance de ce fils illégitime. Le personnage d’Adonis recherchera durant tout le film à se rapprocher de celui qu’il n’a pas connu et à retrouver ce lien qu’ils auraient pu développer ensemble.

Ainsi, la relation filiale entre le vieux Rocky désenchanté et le jeune Adonis en quête de repères paternels, est amenée finement, si bien que le spectateur peut choisir d’ignorer les ficelles de ce nouvel opus.

De la même manière, l’intimité amoureuse est traitée avec une grande sensibilité.

Étrangement et contrairement à l’idée que l’on se fait d’un film de boxe, la maladie est omniprésente dans cette histoire, mais le sujet est traité sans pathos : la petite amie musicienne d’Adonis souffre de surdité dégénérative et le vieux Rocky Balboa apprend qu’il est atteint d’un cancer. Finalement, ce que ce film illustre le mieux, c’est que la vie est un combat, que ce soit dans les rues de Philadelphie, ou sur le ring d’une compétition internationale, même lorsque l’issue est jouée d’avance.

La personnalité de Ryan Coogler, scénariste et réalisateur sur ce film, y est certainement pour beaucoup. Issue d’une famille noire américaine et de parents tous les deux travailleurs sociaux, cette étoile montante du cinéma a certainement été sensibilisée dès son plus jeune âge aux difficultés sociales d’un pays qui peine encore et toujours à accepter sa population afro-américaine. Déjà, dans « Fruitvale Station », son premier long métrage, qui contait les dernières 24 heures d’Oscar Grant, abattu par un policier, il traitait de cette épineuse question. Si dans « Creed », ce sujet n’est pas directement abordé, le réalisateur distille des scènes par petites touches de manière à interpeller le spectateur sur la ghettoïsation des noirs ou encore le taux extrêmement élevé de jeunes afro-américains actuellement en détention.

« Creed » est le premier « Rocky » à ne pas être scénarisé par Stallone et si « Sly » avait déjà fait du beau travail dans « Rocky Balboa » (Rocky 6), Ryan Coogler renoue avec une approche sociale et mélancolique négligée après le premier opus.

Il apporte à cette saga emblématique ce petit plus qui finissait par nous manquer.

Par Christophe Diard et Fanny Durousseau

Zelda, un lien vers le passé

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© Photo : Wilou Photography
© Photo : Wilou Photography

Zelda est une saga « vidéoludique » intemporelle. Créée par Shigeru Miyamoto dès 1986, elle n’a cessé de charmer, d’enchanter, d’envoûter les « gamers » partout à travers le monde. En quoi un jeu vidéo peut-il marquer autant les esprits? Rebelle(s) nous fait replonger dans le passé pour nous ramener à l’enfance, en s’appuyant sur l’opus « A link to the past », sorti sur Super Nintendo en 1991.

Zelda : la quête, les quêtes

Quel gamer des années 1980-1990 ne se souvient pas de la douce musique de ce jeu mythique? C’est la première chose qui me revient, quand je me remémore les émotions suscitées par l’acquisition de la cartouche. Ces sons qui mêlaient espoir et mélancolie, un spleen doux amer, que Link, notre héros, allait vivre, tout au long de son aventure, de donjon en donjon, jusqu’à son affrontement final avec le terrible, le barbare, le nihiliste Ganondorf.

Et entre temps, que d’aventures intrépides, que de fourrés visités, que d’ennemis à com- battre ou à éviter, que de poules soulevées et lancées, pour progresser et glaner des morceaux de cœur, par ci, par là… Finalement, la quête de Link, c’est comme dans la vraie vie : on grandit, on grandit, on progresse, étape par étape, on s’améliore, et on finit, si on a de la chance, par trouver, ou retrouver l’être aimé.

C’est que la Princesse Zelda, comme dans tous les autres épisodes de cette saga intem- porelle à l’exception de Majora’s Mask, est en danger ! Et la tâche de Link, s’il l’accepte, est de lui mettre la main dessus. Le méchant Ganondorf, triste sire, l’a capturée, enfermée, et le valeureux elfe (hylien pardon) à costume vert va devoir en vivre, des péripéties, pour parvenir à son but ultime : délivrer ladite princesse.

La simplicité de l’histoire confine simplement à l’universalité de nos vies, à tous. En chemin, Link fera des rencontres, se rebellera, combattra, et finira par triompher…

[LA SUITE DE L’ARTICLE DANS REBELLE(S) N°2 DISPONIBLE EN KIOSQUE]

Par Christophe Diard

Les rébellions dans Star Wars VII

© photo : "stormy parade" par leg0fenris
© photo : « stormy parade » par leg0fenris

Avertissement : l’article contient une analyse du film qui peut gâcher le plaisir de sa découverte, ce que d’aucuns appellent « spoiler ». Si vous n’avez pas encore vu le film, il est formellement déconseillé de lire ce texte…

Dans le nouveau Star Wars, la rébellion est à l’honneur. Que ce soit collectivement, dans la résistance à la marche du « Premier Ordre », dirigé par les Siths ; ou individuellement, lorsque certains personnages font des choix qui changeront leur vie à jamais.