Politique(s)

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Confusion des esprits – Dossier Quel bordel pour demain ?

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Brain © Dierk Schaefer - CC BY 2.0
Brain © Dierk Schaefer – CC BY 2.0

Le lecteur souffrant d’un déficit de l’âme est prié de renouer avec son imagination. Et de l’entraîner, si possible. Car le thème de ce Rebelle(s) numéro six met sacrément en difficulté notre « fonction du possible ». Quelles acrobaties, quelles contorsions psychologiques demande le dépassement de l’autoréférentialité culturelle et selon l’époque ! Cet effort est pourtant nécessaire si l’on veut aboutir à un minimum d’objectivité.

Le bordel d’aujourd’hui n’est-il pas assez démesuré pour confondre les esprits sur le futur que nous réserve notre chère société ? Cette dernière, comme la Pierre des philosophes, se pare déjà d’infinies désignations : industrielle, post-industrielle, moderne, postmoderne, des loisirs, de l’information, de consommation…
Les nouveautés abondantes dont elle accouche ne sont pas toujours bien compréhensibles ni inoffensives. Quand elles ne se révèlent pas de véritables monstres : théorie du genre, transhumanisme, technosphère toujours plus envahissante et aliénante, hommes d’État militant dans des partis de Gauche et pratiquant des politiques de Droite, sur-réchauffement de la planète aux tons d’apocalypse, mort décrétée de Dieu n’empêchant pas (et peut-être même renforçant) les fanatismes religieux en tous genres…

Avec le paradigme de la croissance infinie

Conjuguons tout cela avec le paradigme de la croissance infinie mettant chaque jour davantage en péril notre survie sur la Terre et nous appréhenderons toute la difficulté à échapper à cette confusion des esprits qui, telle une malédiction, nous imprègne actuellement. Avouons que l’imagination d’un scénario plus bordélique que cette situation plaçant quotidiennement l’homme moderne dans une rumeur de fond médiatique sournoise favorisant l’hallucination lucide relève d’une véritable entreprise héroïque.

Pourtant, dans ma pratique psychanalytique, j’assiste depuis quelques années à une augmentation de cas d’analysants souffrant d’une sorte de mal-être existentiel et identitaire dont la prise de conscience relève du même effort. Des hommes et des femmes de tout âge remettent en cause leur dépendance du « système » et tentent de desserrer l’étau emprisonnant la dynamique pourtant puissante liée à leur processus d’individuation. Certains décident d’aller vivre à la campagne ou d’ouvrir des fermes didactiques en ville, d’autres de lutter pour la préservation de la biodiversité, d’autres encore de renouer avec la part d’animisme qu’ils redécouvrent en eux… « Devenir individu » est de nos jours toujours plus lié à un besoin de faire de l’ordre et du ménage à l’intérieur comme à l’extérieur de soi et de reprendre contact avec les réelles exigences de l’âme liées notamment au Mystère et à la Nature.

Si quelque part dans son œuvre C.G. Jung écrit que « si le monde va mal, c’est parce que l’homme va mal », aujourd’hui il paraît nécessaire de compléter l’illustre diagnostic par l’affirmation opposée, à savoir que si l’homme va mal, c’est aussi parce qu’il se trouve soumis constamment aux mille influences d’une société gouvernée par un système économique vécu inconsciemment comme une religion avec ses divinités (Croissance, Profit, PNB, Développement, Progrès…), ses cultes (monnaie, consumérisme, modes…), ses temples (bourses, banques, entreprises…), ses oracles (indices bousiers, instituts de rating, observatoires économiques…), ses apôtres (les Berlusconi en tout genre, les hommes et femmes « de succès »…), ses sentiments de culpabilité spécifique (ne pas gagner assez d’argent, ne pas être assez en vue…), ses pénitences, ses sacrifices… Il semble donc peu probable que sans une réelle prise de conscience collective des valeurs impropres véhiculées par le signifiant-maître « économie » le bordel qui est aujourd’hui notre lot puisse un jour diminuer, voire disparaître.

par Antoine Fratini

Article extrait du dossier de Rebelle(s) n°6

Trump, un sketch permanent

 

 

©Julie Feydel

 

Trump, un sketch permanent

Nous venons d’assister à l’élection d’un clown, véritable showman, faiseur de punchlines simplistes, comme peut-être jamais l’Amérique n’en avait produit jusqu’aujourd’hui, et en même temps ce pays, véritable superpuissance du spectacle, possède, seul au monde, le chic pour accoucher de ce type d’individu.

On se réveille et on a mal un peu partout, on souffre surtout de l’imbécilité qui peut avoir conduit une partie de l’Amérique profonde à voter pour ce prince de la téléréalité, davantage intéressé par les fesses des femmes que par une politique digne de ce nom.

Mais qui avait-on en face ? Hillary Clinton. Elle ne faisait pas le poids et les sondages se sont complètement plantés. Un(e) autre Clinton à la maison Blanche ? Pas sûr que les américains le souhaitaient. Et pour succéder à Obama, en plus, il fallait quelqu’un de fort, une personnalité (femme ou homme) qui donne envie. Et Hillary n’a pas donné envie. Pas une seconde. Sa campagne, en un mot, s’est avérée désastreuse. Pas l’ombre d’un programme adapté aux besoins des États-Unis d’aujourd’hui, pas l’ombre d’une idée nouvelle, des enquêtes un brin étranges sur son compte, et une stratégie anti-Trump qui aura probablement causé sa perte.

Quitte à choisir un « vieux » ou une « vieille »  pour représenter les démocrates, autant avoir opté pour Bernie Sanders, qui lui au moins défendait des valeurs profondes, quand bien même certains pouvaient être en désaccord. Il est dit aujourd’hui que Bernie l’homme de gauche aurait pu battre Trump. Possible. On ne le saura jamais…

En attendant, le monde devra subir quatre longues années durant (huit ?) un homme dont on craint les dérapages et les couacs, les incidents diplomatiques à venir (voir sa vision de notre pays…) une politique intérieure dure, un recul du droit des femmes, une volonté de non immigration assumée, bref un « white male » non progressiste et guerrier, une sorte de Bush Jr déversé dans le corps d’un Jean-Marie Le Pen, une fusion improbable qui va s’attaquer à tout ce qui ne va pas dans son sens.

Certains sur internet appellent à fuir au Canada, un peu comme si chez nous Marine Le Pen élue nous donnait envie de fuir en Belgique ou en Suisse.

Oui, on a envie de dire : courage, fuyez !

Mais cette élection ne fait-elle pas que confirmer au final la dérive droitière que le monde est en train de subir de plein fouet ? Et nous ne parlons pas d’une droite gaulliste, ou gaullienne comme on voudra, mais d’une droite dure, sévère, punitive, autoritaire, et qu’on peut aller jusqu’à qualifier également de nihiliste, car non ouverte sur le monde, penchant pour la suprématie de l’argent comme seul critère de différenciation.

Nous parlons bien d’une droite du désœuvrement et du spectacle, une droite bleue marine qui n’est pas sans rappeler, par ses valeurs, la montée d’un certain extrémisme qui commence maintenant à dater, et on sait que la mémoire n’est pas le point fort actuel de notre civilisation.

Essayons de conclure par une note positive ce constat accablant et défaitiste : Trump l’a montré pendant sa campagne, c’est un sketch permanent à lui tout seul. Alors certains seront heureux et gagneront mieux leur vie : les caricaturistes et comiques de tout poil n’auront pas à chercher bien loin leur source d’inspiration. Car si l’amertume l’emporte, au quotidien, eux auront de quoi faire. Et pour longtemps.

 

Christophe Diard

Pour ou contre… Éjecter Alain Finkielkraut de la place de la République ?

 

Alain Finkielkraut © Photo : Claude Truong Ngoc / Wikimedia Commons
Alain Finkielkraut © Photo : Claude Truong Ngoc / Wikimedia Commons

« Les faits »

Samedi 16 avril 2016. Le soleil est tombé sur la place de la République envahie, comme tous les jours, par le mouvement Nuit Debout. Et comme depuis le début, c’est la foire  :  des vendeurs de merguez y côtoient des jeunes perdus, bière à la main, venus humer l’air du temps, celui du grand soir à venir, dont ils ignorent à quel lendemain matin il mènera.

Sur cette place, on trouve de tout. Des assemblées générales où chacun parle à son tour, pour s’exprimer sur ce monde injuste ( beaucoup ) et essayer de trouver des solutions pour le faire avancer dans « le bon sens » ( beaucoup moins. )

Des hommes politiques d’extrême gauche, ou de gauche, s’y rendent parfois incognito, par curiosité, ou peut-être pour recruter des jeunes révoltés dans leur écurie ( bon courage. )

Et puis, ce samedi, l’incident survient. Alain Finkielkraut surgit, comme sorti de l’ombre. Mais que vient-il faire là, à s’aventurer géographiquement et idéologiquement si loin de chez lui ? Dans cette jungle hostile ? Très vite, l’ « intrus » est repéré. L’histoire ne dit pas si les caméras qui s’agglutinent autour de lui étaient prévues dés le départ, ou si « Finkie » est venu de lui-même, courageusement, se confronter à la foule.

« Pour »

On s’en doute, la première réaction, filmée et devenue virale sur internet et les réseaux sociaux, est le rejet. À peine reconnu, le philosophe colérique est pris à partie par ce qu’il appellerait « une horde », qui lui intime, avec plus ou moins de courtoisie ( plutôt moins que plus ) de « se casser ». On peut légitimement s’interroger : Alain Finkielkraut a-t-il sa place un samedi soir place de la République, dans le mouvement Nuit Debout, lui le chantre de la décadence des jeunes, lui l’hérétique aux causes soutenues par les moins de trente ans, lui qui passe son temps à longueur de plateau de télévision à critiquer tout à la fois la paresse de la jeunesse, et le manque cruel d’instruction qui leur est donnée, lui qui pense que les jeunes ne cherchent jamais à compenser ce manque par eux-mêmes ?

À quoi s’attend-il, en débarquant ainsi ? À être reçu avec des Ferrero Rocher, à se voir offrir des merguez ? Lui, l’homme qui ne propose justement pas plus de solution pour l’avenir que ledit mouvement Nuit Debout, vient en plus narguer ces derniers. En tout cas, c’est ainsi que les jeunes l’ont pris. Voyant la figure de cet intellectuel qui pour eux représente tout ce qu’ils détestent, ils n’ont pas pu s’en empêcher. Le « casse-toi pauvre con » a fait fureur. « Finkie » s’en va alors, sagement, enfin pas vraiment… À ces insultes, il répond vivement, pêle-mêle : « Connards !», « Je savais qu’ici je ne trouverais que des dégénérés », ou à la fin, au loin, après avoir courageusement traversé dans les passages cloutés : « Ce sont des coups de casques que vous méritez ! »

Dans ces conditions, on ne peut qu’être pour son départ d’un endroit où il n’était tout simplement pas à sa place, du moment que la violence est absente des débats.

« Contre »

Justement, cette violence, parlons-en. On se souvient, il y a quelques jours, de cette jeune femme qui ne faisait pas partie des manifestations ou du mouvement, et qui se voyait éjecter par un CRS d’un coup de pied que n’aurait pas renié Jean-Claude Van Damme. L’image est horrible, surtout que cette jeune femme ne représentait aucun danger pour les forces de l’ordre.

Chasser Finkielkraut en lui assénant des noms d’oiseaux, n’est-ce pas là reproduire un acte de violence et se comporter comme les CRS, le coup de pied en moins ?

Et la liberté, dans tout cela ? Si « Finkie » a envie de venir voir à quoi ressemble le mouvement Nuit Debout, qu’est-ce qui le lui interdit, au juste ? Pourquoi devrait-il ainsi être chassé comme un malpropre, pourquoi ne pas lui laisser le droit de s’informer un peu sur cette jeunesse qui ne veut pas du monde qu’on lui impose ?

« Pou-tre »

Dans l’Évangile selon Matthieu, 7.3. :  

« Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? »

 Une hypothèse nous envahit alors l’esprit : Finkielkraut était-il en fait venu faire la révolution ? Quelle mouche l’a piqué ?

En restant un peu plus, si on l’avait toléré, peut-être aurait-on eu droit à un hapax existentiel dans la tête de notre colérique homérique national. Peut-être aurait-il eu une révélation. Il se serait découvert… Lui-même jeune, lui-même avec un avenir précaire qui lui est assuré, lui-même certain de vivre moins bien que ses parents, peut-être alors aurait-il changé de cap. Plutôt que de prendre systématiquement pour cible les musulmans, peut-être se serait-il intéressé au véritable problème qui gangrène notre société, civilisation du fric, de l’argent roi, de l’accroissement des inégalités. Peut-être serait-il devenu plus humain, plus en paix avec lui-même, moins colérique ? Peut-être… À moins qu’il nous soit également interdit de rêver.

Méfions-nous d’une société où les interdits s’accroissent, et où la liberté diminue. Même celle d’aller et venir dans un lieu public où finalement, la vente de merguez prend parfois le pas sur des constructions politiques positives pourtant souhaitables.

                                                                                                                      Christophe Diard

Les médias sont-ils les complices de DAESH ?

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War while getting coffee - Draft © uptaken
War at coffee – Draft © uptaken

« Daesh : harcèlement, violence, propagande… Le plan de conquête… », « Syrie : Daesh décapite deux femmes pour la première fois », « Les djihadistes de Daesh tuent 120 civils à Kobané », « Syrie : Daesh offre des esclaves sexuelles aux gagnants d’un concours de mémorisation du Coran », « Daesh commet un massacre à Palmyre : récits de survivants », « DAESH. ATTENTAT EN ISÈRE : Une explosion et un homme décapité »… et autres milliers de gros titres de cet acabit marquent notre quotidien médiatique et nous rappellent que le danger est partout, que Charlie c’est toi, c’est moi, que demain, alors que je me rends au travail, j’exploserai peut-être aux couleurs d’un drapeau noir calligraphié en arabe, et que mon fils sera peut-être à mes cotés, lui qui à 8 ans ne connaît même pas encore la différence entre un sikh, un musulman et un terroriste, voire entre un musulman, un chrétien et un athée.

Ce « moi », qui est en danger où qu’il se trouve dans le pays, même dans le fin fond de l’Isère, ce n’est pas moins que 66 millions d’habitants de France, tous visés, potentiellement. La terreur est là, et c’est normal. La décapitation, ça a plutôt tendance à être terrorisant, en plus d’être abject.

La terreur, c’est bien sûr la victoire du terrorisme. Le premier terrorisme, du point de vue de l’histoire du mot, était d’Etat. « La doctrine des partisans de la terreur », la « politique de terreur pratiquée pendant la Révolution », nous dit le dictionnaire du Trésor de la Langue Française. Guillotine à répétition sur les places publiques, jugements et sentences arbitraires et tolérance zéro pour les « traitres » à la révolution avaient valeur pédagogique, la terreur étant considérée comme nécessaire à l’imposition de la liberté au peuple. Robespierre nous le rappelait avec force, intelligence et conviction : « Domptez par la terreur les ennemis de la liberté ; et vous avez raison, comme fondateurs de la République ».

[RETROUVEZ LA SUITE DE CET ARTICLE DANS LE MAGAZINE N°1]

Par Michaël Sens

Casimir, éminence grise de François Hollande ?

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CasimirLorsque le Boss m’a demandé d’écrire un papier sur ce sujet, j’avoue que j’ai «pété un câble» ! Bon sang, je n’étais pas venu ici pour écrire la rubrique des chiens écrasés et les nécrologies. Il était donc hors de question que je me tape la carrière – longue – de Casimir et quelques lignes sur François Hollande.

À ma grande surprise, le Boss m’a dit qu’ils étaient tous les deux encore en vie et que Casimir était même le «spin doctor» de François ! Étonnement suprême car dans ma mémoire, c’était plutôt Casimir qui demandait toujours conseil à François.

N’étant pas du genre contrariant, j’ai donc mené mon enquête et, ma foi, les résultats en sont plutôt étonnants. Je dois reconnaître aussi que le Boss, il a eu du flair sur ce coup là !

Pour commencer, je suis allé me rencarder auprès d’une copine, Jess, une très belle blonde, effectivement carrossée, au courant de tout ce qui se trame en politique (je la mets là parce qu’il y a toujours une créature sacrément charpentée dans les trucs de détective). Là, effectivement, elle m’a montré une vidéo de François Hollande accompagné d’une créature orange et mythique : Casimir !

Après, je suis allé en discuter avec un pote comploteur avisé car au courant de tout ce qui se passe dans les arcanes du pouvoir: Guillaume Betterave. J’ai retrouvé Guillaume au Bar des Amis, autour d’un apéro, comme d’habitude! Là, il m’a sorti l’artillerie lourde. Le dossier est vraiment accablant !

[RETROUVEZ LA SUITE DANS L’EDITION PAPIER N°1]

Par Betrand Pavlik