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Critique de « Michel Onfray ou l’intuition du monde »

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Couverture Onfray Intuition du Monde par BaldacchinoCritique du livre « Michel Onfray ou l’intuition du monde » d’Adeline Baldacchino, paru en janvier 2016 aux éditions Le Passeur, à 18 euros.

À une époque où il est de bon ton de tirer à balles intellectuelles sur Michel Onfray, voici un livre qui tranche, un pavé dans la mare des éditorialistes prêts à tout pour « se farcir » le philosophe normand. Sans doute ce phénomène d’acharnement est-il dû au fait que l’auteur demeure inclassable, présent souvent là où on l’attend le moins.

Enfin un texte qui ne se contente pas de commenter des tweets, des apparitions médiatiques ou des interviews plus ou moins bien faites dans tel ou tel magazine.

Enfin une auteure qui a lu Michel Onfray, tout Michel Onfray, et qui, passionnée de poésie, s’est intéressée à un pan négligé de son œuvre. Car ce livre démasque en quelque sorte celui qui se cache sous l’apparence du frondeur : il nous montre les rimes, la sensibilité de l’homme.

La philosophie est un mode de survie, elle permet d’élaborer des concepts, de penser, de vivre la sagesse.

Les médias libèrent l’expression de la colère devant l’injustice, celle ressentie devant le monde qui vient, ainsi que le combat (perdu d’avance ?) pour des causes qui méritent d’être défendues.

Et dans l’ombre, dans le secret de publications plus restreintes, se tapit une œuvre très peu médiatisée : la poésie. Michel Onfray, fervent amateur de haïkus (mais pas que), est un ogre : l’auteure, Adeline Baldacchino, possède quant à elle un appétit d’ogre pour les auteurs hors normes. C’est son rayon.

Elle nous offre ici une analyse, un décryptage, ou pour le dire plus poétiquement, une « balade » dans l’univers de Michel Onfray, celui que l’on connaît moins : le poète.

Celui des champs et des paysages, du vin et des rencontres, des sensations et de la perte.

Elle a parfaitement saisi le message laissé par l’auteur, inconsciemment ou non, dans ses textes poétiques : « L’invitation est claire, à devenir en permanence ce que l’on rêvait d’être, enfant ; ce que l’on demeure quelques heures par an, par mois, par jour pour les plus libres dans l’éclat lumineux de l’oisiveté qui nous rappelle le goût d’exister ; ce que l’on risque de redevenir trop tard, à quelques pas du linceul, en se retournant sur la vie manquée ».

C’est un livre d’admiration, qui ne se contente pas de l’être. À travers trois parties bien distinctes, dans un texte très documenté et très bien mené, Adeline Baldacchino nous invite au voyage intime, secret, dans l’œuvre poétique de Michel Onfray. Poétique, érotique et éthique nous accompagnent au fil de la lecture, comparable à une traversée en bateau dans l’univers rimé de l’auteur.

Ou comment mieux découvrir, en passant, une dimension injustement méconnue de cet « anxieux serein »*.

Par Christophe Diard

* anxieux serein : expression utilisée par Bruce Bégout pour qualifier George Orwell, dans De la décence ordinaire. Court essai sur une idée fondamentale de la pensée politique de George Orwell, publié chez Allia en 2008, cité par Adeline Baldacchino dans son livre.

Dan Fante, la survie chevillée au corps

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© Anneli Salo - CC
© Anneli Salo – CC

Dan Fante vient de nous quitter. Il était le fils de l’écrivain John Fante, monstre de la littérature américaine, que Charles Bukowski décrivait comme « un de ses maîtres ».

Dan était considéré comme un auteur « underground ».

Il laisse derrière lui une œuvre singulière, traitant dans ses textes de l’alcoolisme, du rapport au père et de la survie.

Antonin Artaud, Van Gogh, le suicidé de la société.

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Artaud Van GoghComme le disait Karl Kraus, «On doit chaque fois écrire comme si c’était la première et la dernière fois».

Et qui de mieux qu’Artaud, par sa rébellion constante et sa folie extra-ordinaire, peut illustrer au mieux cette sentence décourageante pour qui ne se sent pas réellement l’urgence de l’écriture ?

Georges Bataille et le côté obscur de la force homogène

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Georges BatailleGeorges Bataille est le penseur qui a su redonner ses lettres de noblesse à un principe fondateur et indispensable à toute vie sociale, celui de la perte. Son célèbre texte « La notion de dépense » écrit dans la revue La critique sociale en janvier 1933 revient sur la conception utilitariste de l’économie moderne. Bataille affirme dans cet article la nécessité de penser une économie fondée sur la notion de dépense improductive dans laquelle on trouve « le luxe, les deuils, les guerres, les cultes, les constructions de monuments somptuaires, les jeux, les spectacles, les arts, l’activité sexuelle perverse (c’est-à-dire détournée de la finalité génitale) représentent autant d’activités qui, tout au moins dans les conditions primitives, ont leur fin en elles-mêmes ».[1]