Soleil vert – La planète a connu pire? Pas nous

0

Soleil vert n’est pas un film de SF. Soleil vert est un film policier.

Il n’y a ni science, ni fiction dans Soleil vert. Il y a un cadavre, pas très net ni tout jeune, un flic douteux et baraqué, un vieillard râleur et humaniste et une jolie fille oubliée qui fait de la figuration. Au propre comme au figuré car les jolies filles de 2022 font partie des meubles et passent d’un puissant à l’autre, au gré des changements de locataires des rares appartements grand luxe d’un New-York violent et surpeuplé de 44 millions d’habitants miséreux.

La canicule règne en 2022, comme on peut projeter qu’elle régnera d’ici cinq ans, sans trop peur de se tromper. Le réchauffement climatique – périphrase permettant aux Diafoirus de Wall Street, à leurs lobbyistes de Washington et aux élus affidés de mettre en doute les effets de l’activité humaine sur la Terre – n’est pas commenté, encore moins expliqué dans cette histoire. Mais le réchauffement est là, et tout le film est poisseux et plein de poussière, poussière qu’on retrouvera d’ailleurs omniprésente dans un opus récent et tout aussi apocalyptique, « Interstellar ».

La révélation de la fin du film, résultat de l’enquête policière musclée et pleine de baffes réjouissantes, n’est pas aussi terrifiante qu’à l’époque de sa sortie, alors qu’on parle aujourd’hui de généraliser les aliments alternatifs à base d’insectes et de steacks hachés montés à l’imprimante 3D. Après tout, le recyclage des protéines humaines existe déjà en plusieurs endroits du monde. Simplement, le cycle du crabe du Nordeste brésilien n’a pas besoin d’usine pour transformer la chair humaine en nourriture pour les humains, en Soleil vert – Trade Mark.

Soleil vert tient la rampe, après ces plus de quarante ans de réchauffement climatique. On le revoit avec plaisir, c’est à dire avec effroi. Pas de happy end. Plutôt le contraire. Acteurs sobres, à part un ou deux second rôles cauteleux et lâches bien comme il faut.

Comme on le voit, rien n’a changé. Filles exploitées, flics violents, politiciens véreux, pollution jaunasse et bouffe discutable. Il ne s’agit plus d’anticipation, on n’anticipe pas ce qui ne change pas. La planète a connu pire ? Pas nous.

Rien de nouveau sous le soleil vert.

Eric Desordre

1974 – Roland Topor contre le cinéma

0
Jacquette / affiche du film « la planète sauvage » de René Laloux, dessins de Roland Topor

Le cinéma, je trouve, c’est un produit culturel dans lequel finalement, il y a très peu de culture. Un film, c’est l’explication du poème, ce n’est pas le poème. C’est Don Quichotte raconté aux enfants. Viva la Muerte n’est, en fin de compte, que la vulgarisation d’Arrabal. Les cinémas québécois, suisse, le jeune cinéma français, est-ce que ça bouleverse votre conception du monde ? Est-ce que ça vous change ? Si on résume l’esprit d’un film, on arrive à un cliché, à une moderne image d’Épinal style « Ah ! ce qu’on est peu de choses ! » « Les femmes, elles nous donnent des joies mais aussi beaucoup de chagrin »… La vulgarisation, c’est bien. Mais lorsqu’on la prend pour de la recherche, c’est grave. Ça fausse la vision de l’art chez les gens. Les films ce sont seulement des souvenirs de plaisir.

Ces discussions culturelles qui tournent trop souvent autour du cinéma, je trouve ça un peu triste aussi. Je préfère les gens qui racontent des histoires. C’est une espèce de troc. Avec le cinéma, toute conversation est d’une banalité incroyable. Et ça finit toujours par des chocs d’opinions. C’est comme les discussions sur le sport… Inconsciemment aussi, ça a valeur de standing : y a des films qu’il faut avoir vus… Il FAUT avoir vu ! Ça, c’est déjà une chose folle. Selon la façon dont quelqu’un aime un film, on voit s’il est libéral, conservateur, actionnaire, de gauche… Voilà bien un langage d’une clarté suspecte ! Pourquoi ne va-t-on pas revoir un film comme on va revoir une toile ? C’est bizarre… Le cinéma, en fait, c’est une émotion. Et moi, je n’aime pas beaucoup les émotions… ! Il y a, entre autre, tout ce côté gonflé : la sortie d’un film, on en fait un événement. Un nouveau poème vient de naître, on s’en tape ! Effectivement, comme investissement, ça représente… un peu d’encre sur du papier.

On tente actuellement une promotion du cinéma fantastique. C’est typique. Un grand film fantastique, c’est d’abord un grand film. C’est un genre artificiel : comme le cinéma porno. C’est pourquoi, en littérature, je n’aime pas Mandiargues. Ce fantastique coup de la folie, du phantasme, est très réactionnaire, inscrit dans un cadre esthétique prestigieux, style châteaux. Le langage est précieux, « super-bourgeois ». On trouve son standing par le vocabulaire et l’amour des belles choses, celles que n’a pas le vulgaire. Les gens et les lieux sont non conventionnels d’une façon conventionnelle. « La Planète sauvage », c’est différent. Voilà un film dans mon domaine. Et je ne l’ai pas fait dans le même esprit que mes dessins. Un dessin, c’est intime. Un film, ça l’est rarement, je trouve. Et puis, je n’ai pas touché d’argent…

Cette attitude à l’égard du cinéma est très récente chez moi. J’y allais beaucoup au cinéma, avant. J’aimais bien Billy Wilder, Ernst Lubitsch, Leo McCarey. C’est un cinéma très cruel. Il y a des films que j’ai vu 12 ou 13 fois : « Les vacances de Monsieur Hulot », « Les enfants du Paradis » et autres Carné. J’aime beaucoup « Huit et demi » de Fellini qui donne une sensation de la folie du monde. Et « Les poings dans les poches » de Bellocchio : l’histoire de cet épileptique qui meurt sur le sol de sa salle de bains au son d’un opéra de Verdi après avoir tué toute sa famille par amour pour sa sœur… c’est fou, crispé, fulgurant. Et « Orange mécanique » ? Je n’ai pas aimé. C’est bien fait, mais il y a ce côté « à thèse »… C’est artificiel, assez pute. On a crié au chef d’oeuvre. Comme toujours quand les choses sont un peu putes. Un chef-d’œuvre, c’est facile à faire : de l’art, plus une part de Kitsch, c’est-à-dire de foire ! Godard ? Je hais, je déteste ça ! Je me suis toujours mortellement ennuyé durant ses films. Les idées que j’ai pu capter ? De très nombreux lieux communs, scolaires. « Alphaville », par exemple, c’est nul. Il y a une angoisse du futur que je n’aime pas du tout ! C’est stupide, cliché, réactionnaire d’opposer d’un côté la poésie, Éluard, et de l’autre les villes tentaculaires ! Godard, c’est l’avant garde. Et l’avant-garde se contente de changer les formes.

Depuis que j’ai mis un peu le nez dans le cinéma, c’est la fin d’un mythe pour moi. Ça apparaît comme le degré supérieur de la création, c’est prestigieux, tout est devenu légende. J’ai presque commencé à dessiner pensant que peut-être un jour je pourrais en faire aussi du Godard ! Finalement, je m’aperçois qu’il y a beaucoup moins de création que dans un dessin. Et la façon dont ça se passe… c’est comme sur un bateau ! Il y a le chef, l’équipe d’officiers, la vedette avec. Et puis les figurants ne bougent pas. Ce n’est pas du tout remis en cause. Et cette façon dont le metteur en scène manoeuvre ses gens, joue avec la matière vivante pour cette Sublime Chose qu’est son film…

Que faire seul sans référence culturelle, pour être soi-même, voilà la vraie question. C’est ça, l’art. C’est pourquoi j’aime beaucoup l’authenticité de la photo, art tellement populaire que les gens ignorent que c’est un art ! Les albums de famille possèdent ainsi un gros pouvoir d’émotion.

Par ailleurs, je trouve profondément triste que peu de personnes ose dessiner. Pourquoi le dessin est-il à ce point coupé de la vie et réservé aux artistes ? Ce n’est pas Mozart assassiné, mais c’est chaque individu assassiné. Et les gens disent : « Je ne sais pas dessiner ». Pourtant, quand ils sont enfants, ils savent rêver avec un crayon. Ensuite ils ont peur, peur d’eux-mêmes. Un crayon et un papier, c’est vraiment l’inconnu… On voit plus facilement des dessins de malades, de fous, d’assassins. Preuve que les gens plus simples sont plus aliénés ?

L’architecture en revanche, je n’aime pas. C’est du léchage de cul. Les architectes exécutent de sombres projets sociaux avec une bêtise sublime, sans le savoir. Ou en s’en doutant, ce qui n’est pas mieux. Ils changent le cadre d’une vie, en y mettant seulement leur médiocrité et les ordres économiques venus de leurs clients. Et ils cachent cela derrière toute une flopée de justifications culturelles. C’est comme les couturiers… S’il y a un domaine vide d’idées c’est bien celui-là : du rétro, pour ne pas dire du réac. Ce sont pourtant les gens qui emploient le plus de références culturelles, les couturiers ! Tout ça pour aboutir à cinq centimètres de robe au-dessus ou au-dessous du genou. Le bluff lamentable.

Tout le malheur, en fait, vient de la hiérarchie. C’est comme dans le principe de Peter, les gens montent dans l’échelle sociale par promotions successives jusqu’à ce qu’ils atteignent leur niveau d’incompétence. En France, actuellement, les choses sont très hiérarchisées – et répressives – il y a un sens de l’histoire qui tire vers la droite : le désir de juguler les gens.

Après avoir fonctionné dessus pendant 10-15 ans, on arrive à la fin d’un certain mythe du nouveau. On atteint le point zéro de la culture maussade, sans courage. Avec un retour en force de l’académisme, du pompier, la méfiance de l’idée, des choses bien faites. C’est le rétro, le vieux temps. Pas très tonique ! Il faut être courageux pour oser actuellement faire quelque chose contre l’ordre établi. Tout ce que j’aime c’est précisément, ce qui casse un peu l’ordre établi par des gens qu’on n’aime pas ou par des lois qu’on suit alors qu’elles sont stupides…

Mai 68, finalement n’aura pas eu un vrai rôle libérateur : une grande grève, importante. Et beaucoup de jeunes gens qui s’ennuyaient… ça, c’est la pire des choses : la lutte armée pour cause d’Ennui. Ça donne une inconséquence politique. Quant à la culture « underground », je n’y crois pas beaucoup. L’intérêt, c’est surtout d’offrir des circuits de distribution différents. Mais ils ont été immédiatement détournés, pour faire soit des trucs politiques soit des produits « pour jeunes » (Wharol etc…). En somme, l’underground, c’est « ACTUEL » comme nouveau « SALUT LES COPAINS ». On achète « ACTUEL ». Et du coup, on ne lit plus Rimbaud ni Dada. C’est la démagogie effrayante « On est tous à la coule », « on connaît tout »…

La décomposition de la culture occidentale, je n’y crois pas tellement non plus. Il y a plutôt une certaine culture qui est en train de s’essouffler. Barrès, Claudel, Jean Cau, Dutourd etc… J’en suis ravi. C’est plutôt optimiste. Barrès, ce n’est pas ma culture, mais celle d’une certaine classe de gens avec qui je n’ai jamais rien eu en commun. Je me sens plus proche d’un écrivain japonais du millième siècle ! Elles sont toutes à moi les cultures. Et le jour où la grammaire s’écroulera, eh bien ! il en naîtra une autre !

Propos de Roland Topor recueillis par PRÉSENCE ET REGARDS de Jean-Luc Maxence, n°11/12, été 1974.

Moi, Toi, Nous

0
hamid_janipour_photo_ane
©Hamid Janipour

Le selfie apparaît aujourd’hui dans l’imaginaire populaire comme à la fois un plaisir narcissique et un fléau collectif. Hamid Janipour a voulu en faire un objet d’art et de découverte du Moi.

Il a proposé au cours de l’année 2015 à 20 hommes, femmes et enfants de Téhéran qui ne s’étaient jamais livrés à cet exercice, de se prendre en photo, seuls ou accompagnés afin de capturer l’expression de leur individualité non encore dévoyée par l’habitude. Parallèlement il se plaçait en spectateur, les photographiant smartphone ou tablette à la main, occupés à offrir leur visage à l’appareil.

Le résultat est étonnant. Parfois maladroits, toujours authentiques, les visages et les regards se livrent sans filtre, accrochant l’œil du spectateur témoin de la première expérience narcissique de ceux dont l’environnement ne s’y prête finalement pas vraiment. De son côté, le photographe agrandit la perspective, livre ce que le cadre du téléphone soustrait à notre perception : le tableau complet dans lequel l’autoportrait prend place. En multipliant les points de vue, il nous permet de regarder celui qui se regarde.

Le selfie peut être source d’agacement, de ridicule, certains cherchent et trouvent la mort pour le plaisir d’admirer leur propre reflet, mais l’art est capable de tout détourner en expérience artistique. C’est ce que Hamid Janipour réussit à accomplir en nous offrant une autre vision de ce que les smartphones n’ont pas introduit de mieux dans la société.

Vous pouvez retrouvez les vingt diptyques de l’exposition «Selfies Of The Inexperienced» à la galerie L’Aléatoire, 20 rue de Bièvre, Paris 5e, jusqu’au 3 décembre 2016. En partenariat avec la Dena Gallery de Téhéran. 

 

Fanny Durousseau

Hors Concours, un vent de fraicheur dans le paysage littéraire

0
catalogue-hors-concours
©34studio.fr

Certains parlent de Galli-Gra-Seuil pour qualifier le manque d’ouverture du prix Goncourt aux autres maisons d’édition, d’autres, plus nuancés, regrettent l’absence des petites maisons au palmarès des grands prix littéraires. Il ne leur est pas formellement interdit d’y prétendre, mais la tache semble impossible.

C’est en partant de ce constat et de l’envie de mettre en lumière ceux restés jusque-là dans l’ombre, que fut créé en avril 2016 le prix Hors Concours. Cette initiative a pour ambition d’élire le meilleur texte littéraire publié par un petit ou micro éditeur afin de permettre aux libraires et au grand public de distinguer parmi le florilège de romans publiés chaque année celui qui sera jusqu’à l’automne prochain le représentant de l’édition indépendante. Car ce sont eux qui découvrent les auteurs de demain, osent publier des textes à risque économiquement mais dont la qualité et l’importance leur apparaissent comme irréfutables. Dans de petites structures à taille humaine, loin des grands groupes éditoriaux, souvent situés en province, ils épluchent consciencieusement les manuscrits reçus par la poste, nouent une relation proche et forte avec leurs auteurs dans une économie souvent délicate.

Sélectionnés par 300 professionnels du livre, parmi 50 romans et recueils de nouvelles publiés par des éditeurs indépendants, 8 textes finalistes très différents furent désignés, allant du roman noir au conte pour adulte, en passant par le réalisme magique et le récit intimiste. Un collège de cinq journalistes littéraires issus des grands médias représentant à la fois la presse papier, la radio, la télévision et internet délibéra ardemment afin de désigner le lauréat du premier prix Hors Concours.

Et c’est à l’issue de la soirée de remise du prix, le 9 novembre 2016, au sein du Centre National du Livre, au cours de laquelle le livre et les livres finalistes furent mis à l’honneur, que le roman Koumiko d’Anna Dubosc publié chez Rue de Promenades fut consacré.

Récit autobiographique, ce texte raconte la relation entre Koumiko, poétesse qui décline, et Anna, sa fille, qui doit faire face à cette nouvelle mère qui a remplacé l’autre sans vraiment crier gare.

Il faut signaler que cette soirée fut une franche réussite : chaque finaliste a pu entendre un extrait de son texte être lu, et chaque auteur a pu avoir la chance de présenter son œuvre.

Il se dégageait de cette cérémonie un profond respect de l’objet livre, de ceux qui les créent, qu’ils soient auteurs ou éditeurs.

Saluons ici le travail et l’énergie de Gaëlle Bohé, cheville ouvrière du projet, engagée et passionnée.

L’Académie Hors Concours sera dès l’an prochain ouverte aux mordus du livre souhaitant participer à la sélection des huit finalistes. Cette alternative réussie au prix Goncourt est déjà appelée à se développer car la mise en place d’un prix Hors Concours des lycéens fait actuellement l’objet d’une réflexion…

Fanny Durousseau

Quand le diable sortit de la salle de bain

quand-le-diable-sortit-de-la-salle-de-bainsIl me tardait de trouver un vrai, un bon roman sur la précarité, sans trop de pathos, un roman qui traiterait de notre époque, dans laquelle les moins de trente-cinq ans sont voués à eux-mêmes, un roman qui aurait une portée onirique, je me demandais qui relèverait le défi, qui avait suffisamment lu Ask the dust de John Fante, La Faim de Knut Hamsun et Dans la dèche à Paris et à Londres de George Orwell pour pouvoir nous pondre un récit qui nous entraînerait non seulement dans le réel, en nous racontant une histoire dans laquelle le héros ou l’héroïne subirait les affres du quotidien, du chômage, d’une mentalité non bourgeoise qui serait la sienne, se confronterait sans arrêt aux petites humiliations subies par les pauvres, en permanence parqués dans leur solitude, aux jugements familiaux, mais aussi dans une dimension onirique, j’attendais un roman qui nous sorte de notre quotidien tout en nous y ramenant, j’attendais un roman qui soit véritablement novateur, qui contienne un peu de cette modernité qu’on trouve dans certains films, j’attendais un roman joyeusement bordélique, complètement foutraque, truffé de petites pépites, j’attendais d’être surpris, choqué parfois, ému souvent, de ressentir les imperfections d’un texte comme des éléments disparates d’un visage qui feraient partie d’un tout, et qu’on ne nommerait plus des imperfections mais des aspérités nécessaires pour donner de la couleur aux mots, je me lamentais parce qu’un roman (contemporain) ne m’avait plus séduit depuis la radicalité dégagée par  Histoire de la violence  d’Édouard Louis, et ça fait un bail, alors je me rabattais sur des essais, sur d’autres types de lectures, et puis j’écrivais mes propres textes, évidemment, mais rien ne vaut un bon roman, on s’y plonge, on en ressort un peu changé, la littérature a cet effet-là sur les consciences, elle modifie notre perception, mais en douceur, on revient à un livre longtemps après, et on n’est plus le même, et quand un roman est bon et nous touche, ce qui devient de plus en plus rare, on est à la fois triste et heureux que ça se termine, et c’est ce que Sophie Divry a réussi à faire dans son texte.

Quand le diable sortit de la salle de bain, Sophie Divry, Éditions Noir sur Blanc, collection Notabilia, 18 euros

Sorti en 2015

Christophe Diard