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Les Garçons manqués, par Nicolas Rey et Mathieu Saïkaly

© D.R
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Tout a commencé voici un an et demi, un peu plus. Nicolas Rey devait choisir un chanteur, guitariste, qui soit suffisamment talentueux pour s’adapter, en quelques jours, à la contrainte d’une émission de radio diffusée en pleine nuit, sur France Inter.

Mathieu Saïkaly, jeune homme de vingt deux ans, venait de gagner l’émission de télé crochet bien connue « la Nouvelle Star. » Son aura, comme sa voix, avaient ébloui tous les spectateurs. À mi-chemin entre poésie et ballades, inspiré par Elliot Smith ( son héros ), ses prestations n’étaient pas passées inaperçues. Imposant des morceaux parfois pointus au programme, il ne savait pas, alors, que la sœur et le fils de Nicolas Rey le suivaient avec attention, et qu’il les faisait vibrer.

Sa prestation aux côtés de l’auteur dans l’émission de radio fut impressionnante. À tel point que Nicolas Rey, par le truchement de François Morel, eut l’idée de créer un spectacle musical et littéraire autour de textes qu’il aimait particulièrement, et sur lesquels Mathieu Saïkaly rebondirait par des chansons en rapport avec sa lecture.

Ainsi, comme une évidence, les deux désormais compères se lancèrent dans cette aventure, répétant leurs enchaînements, travaillant très sérieusement, avant de trouver en Olivier Chaudenson, directeur de la Maison de la Poésie, celui qui pourrait les accueillir.

Et depuis plusieurs mois, toutes les semaines ou presque, on peut assister à ce magnifique spectacle, à part, bien rôdé, dans lequel les lectures superbement interprétées, d’extraits de textes de Bukowski, Wilde, Céline, Robert Mac Liam Wilson, David Thomas, ou de Nicolas Rey lui-même, s’effectuent en alternance avec des morceaux divers et variés délivrés par Mathieu Saïkaly ( Renaud, les Stones, Johnny Cash, Elliott Smith… et bien d’autres. )

Le spectacle a été joué dans d’autres enceintes, comme à l’Européen, mais l’ambiance est parfaite dans la petite salle de la Maison de la Poésie, créant une intimité unique avec les spectateurs. Nicolas Rey, en maître de cérémonie et lecteur, n’hésite pas à s’amuser un peu avec le public, avec finesse et délectation. C’est un sacré personnage.

On passe un moment charmant, fin, audacieux, les textes choisis sont finement ciselés, traitent souvent de l’intime, de l’enfance, de la carrière, de sexe ou du rapport homme/femme, et en parallèle, les chansons décalées choisies par Mathieu Saïkaly nous embarquent dans son univers. À deux, ils nous transmettent un paquet d’émotions. C’est un très beau spectacle, unique, que nous vous engageons vivement à aller voir.

D’autant qu’une suite semble en préparation…

 

Christophe Diard

Pierre Sang Boyer, un chef singulier

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Photo Pierre-Sang Boyer

Dans la vie, il s’agit toujours de raconter une histoire. Que ce soit un article, un roman, une peinture, une chanson, un film ou un plat, c’est la découverte d’un univers et l’émotion dégagée qui président. Pour ceux qui ont vu le film Ratatouille, une scène est restée en mémoire : l’effet Madeleine de Proust de ce critique réputé très difficile qui devant une simple ratatouille est renvoyé à son enfance en goûtant ce plat pourtant simple, sublimé par un grand chef ( en l’occurrence, aidé d’un rat caché dans sa toque, devenu son ami… )

Des histoires, Pierre Sang Boyer en est devenu spécialiste. Il n’utilise pas les mots, une caméra, ou un micro pour transmettre son message ; même si parfois, il lui arrive de prendre un pinceau pour laisser une trace dans ses assiettes… Non, c’est avec ses mains, des mains de cuisinier, qu’il nous communique son univers et surtout, beaucoup d’émotion.

Pierre Sang est franco-coréen, il a été adopté par une famille française à l’âge de sept ans.

Et c’est dans son enfance qu’il sut qu’il voulait devenir cuisinier. Les plaisirs gustatifs, les odeurs, les saveurs de la cuisine familiale lui insufflèrent sa passion. C’est ainsi qu’il trouva le moyen d’exprimer ses deux cultures, différentes et complémentaires.
Pierre Sang a d’abord travaillé à Séoul, à Londres puis à Lyon, avant de participer à Top Chef, l’émission de cuisine-réalité devenue célèbre. Le grand public le découvre alors, avec un caractère jovial, mais entier, et parfois rebelle. On sent déjà poindre le grand cuisinier, lui qui impressionne par une créativité débordante. Christian Constant le prendra alors sous son aile, et après quelques mois passés dans ses cuisines, Pierre-Sang ouvre son propre restaurant, dans le quartier d’Oberkampf près de Paris. Depuis deux ans, il en a même ouvert un deuxième, à quelques pas, rue Gambey. Le premier pratique des prix abordables, le deuxième utilise des produits d’une plus grande rareté, et les prix y sont un peu plus élevés.

Ce qui dissocie ce cuisinier d’autres chefs plus classiques, c’est d’abord l’effet de surprise. En effet, Pierre Sang propose un menu unique qui varie tous les jours, selon l’inspiration de l’artiste. C’est singulier, et il faut en accepter le principe. On est, de toute façon, jamais déçus.

Il faut également noter la qualité de son équipe, toujours à l’écoute du client. L’annonce des plats se fait après la dégustation. Ainsi on peut s’amuser à essayer de trouver, au palet et au visuel, ce qu’on a pu manger. C’est à la fois ludique, et captivant.

Le fait que les cuisiniers soient au centre de la salle, et pratiquent leur art devant les clients, est moderne, et fait d’eux, également, des acteurs au centre de la scène, ce qui casse les murs qui séparaient habituellement les consommateurs et les cuisiniers, réduits à leur espace.

Il est à noter que l’équipe est sensibilisée aux allergènes, et que le menu unique peut varier selon les intolérances alimentaires.

C’est ensuite le tempérament de Pierre Sang qui le différencie des autres. Cela se traduit dans ses plats. C’est un artiste très rock’n’roll, qui n’hésite pas à surprendre dans ses assiettes, en alliant des saveurs inattendues. Vous l’avez compris, le menu change tous les jours. Ce qui a le plus marqué, et dont le goût revient en écrivant cet article, c’est la soupe de petits pois crème de piquillos, le risotto aux morilles et à l’étoile d’anis, le haddock émulsion de pommes de terre et sauce vierge, le magret navet fondant et sirops de grenade acidulé, le carré de chevreuil purée de panais chocolat blanc et sauce fruits  rouges ( ! ), la mousse de lait aux framboises et sorbet basilic, la tartelette fraises et chocolat blanc, gingembre et citron vert…

Alain Ducasse, un des grands chefs et pontes de la cuisine française et internationale, ne s’y est pas trompé, et a même publié Pierre Sang Boyer dans sa collection.

Pierre Sang est un artiste cuisinier singulier, rebelle, de présent et d’avenir.

Courez donc y manger un morceau et rencontrer ce personnage attachant !

Par Christophe Diard

« Vendredi ou les limbes du Pacifique », le spectacle musical

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MDLP

Il est des livres qui marquent une génération, puis la suivante, et la suivante encore… Lorsque Michel Tournier écrivit « Vendredi ou les limbes du Pacifique », publié pour la première fois en 1967, se doutait-il qu’un jour, son texte serait « élu » par un chanteur pas encore né au moment de la parution pour être joué, et chanté, sur une scène de poésie ?

Lorsque France Culture demande à Romain Humeau de choisir un texte pour une adaptation théâtrale et musicale, celui-ci propose le texte de Tournier. Il se chargera de composer et d’interpréter vingt-cinq morceaux, inspirés librement par le roman, et qui déboucheront sur un album. Puis, des passages éloquents du roman seront choisis afin de proposer une expression artistique multiple, alternant entre lecture et musique. Denis Lavant accepte de faire partie du projet. La pièce est jouée pour la première fois en Avignon, en juillet 2015.

Puis par deux fois, à la Maison de la Poésie, les 23 et 24 février 2016. Jamais on n’aurait pu deviner qu’il s’agissait à la base d’une commande, tant le spectacle dépasse le cadre du simple exercice.

Que se passe-t-il exactement quand on s’assoit dans un fauteuil, et qu’on assiste à cet ovni littéraire, théâtral et musical ? Difficile mission que de l’exprimer avec des mots. Comment résumer un moment poétique d’une telle ampleur ?

L’ambiance du texte de Tournier est magnifiquement restituée, par d’autres moyens que la simple plume. La musique de Romain Humeau nous fait ressentir toutes les émotions d’un Robinson échoué sur son île, avec plus rien à l’horizon, exceptés le ciel, les étoiles, et un certain Vendredi qui viendra le rejoindre, ici par la pensée, pour le meilleur et pour le pire.

Le groupe accompagne magnifiquement bien le chanteur, et nous offre un véritable concert. Les chansons tiennent en elles-mêmes, indépendamment même de leur contexte.

Le clou du spectacle demeure Denis Lavant. Situé quelque part entre un mime,  Monsieur Merde, son personnage unique, né dans la tête de Leos Carax, et un véritable naufragé sur l’île, ce comédien de génie nous gratifie d’une prestation littéralement hallucinante, oscillant entre émotion et humour, changeant tour à tour de tenue, de dégaine, déclamant, dansant, sautillant, mangeant une banane, puis en lançant la peau en l’air ( ! ), en hommage à Beckett… Denis Lavant devient, le temps de sa prestation, le cinquième membre du groupe musical présent sur la scène, mais un membre agité, dispersant tour à tour toutes les feuilles de sa lecture, créant le chaos ; tout comme Robinson Crusoë, le personnage qu’il campe, vit son propre chaos intérieur.

De mémoire de spectateur de théâtre, ou de spectacle musical, nous n’avions jamais vu cela sur une scène. On peut parler de spectacle rebelle, dans le sens anti conformiste, unique, et dont on ne sort pas indemne. L’instant poétique n’y est pas provoqué par une volonté de faire de l’avant-garde ; il est, tout simplement, palpable, créé par la symbiose entre le texte et le chant, les mots de Michel Tournier et leur interprétation dans le temps et l’espace.

On ressort de la salle ému, et provoqué, avec le sentiment d’avoir assisté à une vraie performance  artistique de premier ordre.

Quelque peu secoué, on croise Denis Lavant, encore tout à son rôle, et comme il a faim, on lui offre à grignoter. Quand il entre de nouveau dans la salle, chercher ses affaires, on lui conseille de ne pas glisser sur la peau de banane, laissée à elle-même, à côté de son micro.

Michel Tournier est mort le 18 janvier 2016. Il nous laisse un héritage littéraire incontournable, que nous vous invitons absolument à (re)découvrir.

Le spectacle mis en musique par Romain Humeau est également un très bel hommage à l’une de ses œuvres majeures. Si « Vendredi ou les limbes du Pacifique  » n’en était qu’à sa deuxième représentation à la Maison de la poésie, vous pourrez retrouver Denis Lavant, Romain Humeau et ses musiciens de nouveau, fin 2016 ou début 2017. Ce spectacle est promis à un bel avenir, et il faudra compter sur Rebelle(s), autre projet né de rencontres et d’alliances insolites, pour en témoigner.

Par Christophe Diard

Spectacle dont la musique et les chansons originales ont été écrites et composées par Romain Humeau. Le texte quant à lui est interprété par Denis Lavant. Romain Humeau est entouré de trois musiciens : Estelle Humeau, Nicolas Bonnière et Guillaume Marsault. Le spectacle a été joué à la Maison de La Poésie, il sera de retour dans quelques mois.

« Neuf mois de bonheur… enfin presque ! »

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Affiche 9 mois de bonheur enfin presque

Nos impressions sur cette pièce jouée au théâtre du Petit Gymnase, à Paris, depuis le 15 janvier 2016.

Force est de constater que le communautarisme est dans l’air du temps. Que le « vivre ensemble » est en danger, tant les uns et les autres semblent avoir du mal à cohabiter, et les différences à être acceptées. Nombreux sont les philosophes, auteurs, ou politiques à surfer sur cette vague de l’intolérance pour se faire mousser.

Dans ce paysage nauséabond, il est rafraîchissant de constater que l’art, et l’humour en particulier, puissent s’emparer du sujet et nous transmettre une réflexion, une mise en abîme, voire même nous faire rire avec les différences.

Autant le dire tout de suite : la pièce de théâtre « Neuf mois de bonheur… enfin presque ! » réussit parfaitement le pari de nous faire rire avec un thème universel, la grossesse. Le postulat de départ est simple et efficace : un « black » et une « beurette » sont en couple, et la jeune femme tombe enceinte. La pièce présente alors des scènes de la vie quotidienne qui retracent en quelques étapes clés les neuf mois de grossesse vécus par Leila et Oumar.

Ces scènes, très bien écrites, illustrent par l’humour les différences de tempérament, de mœurs, de prises de décision qui peuvent à la fois séparer pour au final réunir deux êtres humains amoureux, mais provenant de communautés différentes. L’auteur de la pièce, Oumar Diaw, et son compère d’écriture Fonzie Meatoug surfent sur les clichés, pour mieux les détourner, les tordre, et nous faire rire avec.

Ils parviennent à faire rire le spectateur à chaque scène, en effectuant une abstraction des préjugés, et en détournant habilement les poncifs classiques des étapes de la grossesse : annonce de la nouvelle et ses conséquences, notamment avec les parents, gestion des sautes d’humeur incessantes de la femme enceinte, maladresse du personnage d’Oumar quant aux attitudes à adopter… Et ce, jusqu’à l’accouchement.

Dans la salle, les spectateurs rient énormément, et se montrent réceptifs, quelle que soit leur origine, tant les comportements des deux personnages, Oumar et Leïla, parlent à tous.

Il faut dire que la pièce est humble, bien travaillée, sans une prétention outrecuidante, et elle en dit plus que ce qu’elle montre au premier abord. Les vannes sont ciselées, le rythme très soutenu, et la prestation des deux acteurs très juste. Leïla Boumedjane incarne magnifiquement ce personnage parfois aux limites de l’hystérie, et Oumar Diaw joue parfaitement ce rôle de compagnon subissant une situation parfois poussée jusqu’au  paroxysme, voire aux limites de l’absurde  ( on pense à cette magnifique scène d’un exorcisme tenté par Oumar sur Leïla pour que le « démon » qui la met dans cet état puisse « sortir de ce corps », et qui justifie presque à elle seule le déplacement. )

Une grande partie du succès repose sur l’alchimie entre les deux acteurs, leur complicité évidente, et leur jeu qui s’en ressent.

La mise en scène épurée de Noom Diawara, par ailleurs un des acteurs du film « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?» et comique de talent, a été pensée au service du texte et de l’efficacité des gags.

Aller voir cette pièce est l’assurance de passer un bon moment, de détente mais pas que, dans un climat de plus en plus lourd concernant les différentes communautés qui composent notre pays, et qui font toutes partie de la nation. Il vaut mieux prendre le parti d’accepter ces différences, et d’en rire. Le contrat, ici, est rempli.

Par Christophe Diard et Fanny Durousseau

 

Creed – L’héritage de Rocky Balboa

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Balboa © Scott D Welch
Balboa © Scott D Welch

Un retour sur la saga Rocky et une analyse de « Creed », film sorti le 13 janvier 2016

Il est de ces sagas mythiques qui ont marqué, sinon l’histoire du cinéma, au moins l’imaginaire du spectateur. Les processus identificatoires y sont souvent forts, les symboles choisis pour impacter durablement les « fans ». Non, nous n’allons pas parler de nouveau de « Star Wars », mais du « spin off » d’une série de films, « Rocky ».

Et là, bonne surprise ! Tout comme Star Wars VII renouait (parfois même un peu trop) avec son passé, « Creed » rend hommage avec finesse au tout premier « Rocky »… Let’s get ready to rumble !

Qui n’a pas déjà entonné la chanson mondialement connue “Eye of the tiger”, emblématique du tout premier épisode de la saga Rocky ? Toute une génération de spectateurs a été marquée par ce personnage, imaginé par Sylvester Stallone : ce boxeur de seconde zone, plongé dans la galère d’un quotidien éprouvant, choisi un jour parmi d’autres pour combattre le champion du monde en titre, Apollo Creed…

Dans le premier film, on suivait le parcours cabossé, comme son chien et comme lui-même, du boxeur Rocky Balboa, personnage attachant bien qu’un peu simplet, et qui allait, tout à coup, devoir affronter une montagne. On s’identifiait à ce David allant combattre un Goliath, on plongeait avec Stallone dans la misère des bas fonds de Philadelphie, on courait avec lui quand il courait dans les rues, et on vibrait quand il trouvait l’amour.

C’était un film touchant, pas tourné comme un film d’auteur, mais qui n’était pas construit non plus pour devenir un blockbuster.

Stallone avait éveillé un sentiment d’universalité chez le spectateur, une sorte de rêve américain transposé au monde entier, ou comment un brave gars de « Philly », boxeur amateur muni de son seul courage et de sa seule volonté, allait renverser des montagnes avant d’accéder au sommet.

Pour un budget de 960 000 dollars, une misère pour une production américaine, même à l’époque, le film allait rapporter en tout 225 millions depuis sa sortie en 1976…

Ce que le personnage de Rocky détenait en priorité, c’était du chien, du caractère, du courage, quoi. Un vrai survivant. Il avait « des couilles ». On peut dire que depuis, son interprète à l’écran les a en or…

Bien sûr, Hollywood a voulu faire fructifier cet apport « Stallonien ».

Rocky revint plusieurs fois sur le ring, même âgé, et les suites se succédèrent, tirant sur les mêmes ficelles, de plus en plus grosses ; reprenant les mêmes symboles, de plus en plus « has been » ; sans jamais atteindre la mélancolie et la sensibilité de l’original. Voire même, tournant un peu au ridicule, comme dans Rocky 5…

Mais on avait déjà senti une vergence dans la force dans « Rocky Balboa » (Rocky 6), davantage centré sur Rocky lui-même, comme une volonté de retour aux sources, versant plus dans l’intime.

Cette intimité se retrouve dans « Creed ». De manière surprenante il s’agit cette fois d’un blockbuster tourné à la manière d’un film d’auteur, que ce soit sur le plan visuel ou scénaristique.

D’une part, le réalisateur a fait le choix de filmer des plans serrés, au plus près des personnages, sur et en dehors du ring. En outre, des boxeurs professionnels ont été choisis pour interpréter le rôle des adversaires d’Adonis, le héros du film. Néanmoins, cette approche réaliste fut complètement abandonnée lors du combat final, le nombre et la violence des coups échangés étant impossibles à encaisser pour un boxeur, champions y compris.

D’autre part, cette intimité visuelle se retrouve sur le plan scénaristique, les interactions entre les personnages étant au cœur du scénario. Ainsi, tout le film s’articule autour de la relation avortée entre Adonis et son père Apollo Creed, ce dernier étant mort sur le ring avant même la naissance de ce fils illégitime. Le personnage d’Adonis recherchera durant tout le film à se rapprocher de celui qu’il n’a pas connu et à retrouver ce lien qu’ils auraient pu développer ensemble.

Ainsi, la relation filiale entre le vieux Rocky désenchanté et le jeune Adonis en quête de repères paternels, est amenée finement, si bien que le spectateur peut choisir d’ignorer les ficelles de ce nouvel opus.

De la même manière, l’intimité amoureuse est traitée avec une grande sensibilité.

Étrangement et contrairement à l’idée que l’on se fait d’un film de boxe, la maladie est omniprésente dans cette histoire, mais le sujet est traité sans pathos : la petite amie musicienne d’Adonis souffre de surdité dégénérative et le vieux Rocky Balboa apprend qu’il est atteint d’un cancer. Finalement, ce que ce film illustre le mieux, c’est que la vie est un combat, que ce soit dans les rues de Philadelphie, ou sur le ring d’une compétition internationale, même lorsque l’issue est jouée d’avance.

La personnalité de Ryan Coogler, scénariste et réalisateur sur ce film, y est certainement pour beaucoup. Issue d’une famille noire américaine et de parents tous les deux travailleurs sociaux, cette étoile montante du cinéma a certainement été sensibilisée dès son plus jeune âge aux difficultés sociales d’un pays qui peine encore et toujours à accepter sa population afro-américaine. Déjà, dans « Fruitvale Station », son premier long métrage, qui contait les dernières 24 heures d’Oscar Grant, abattu par un policier, il traitait de cette épineuse question. Si dans « Creed », ce sujet n’est pas directement abordé, le réalisateur distille des scènes par petites touches de manière à interpeller le spectateur sur la ghettoïsation des noirs ou encore le taux extrêmement élevé de jeunes afro-américains actuellement en détention.

« Creed » est le premier « Rocky » à ne pas être scénarisé par Stallone et si « Sly » avait déjà fait du beau travail dans « Rocky Balboa » (Rocky 6), Ryan Coogler renoue avec une approche sociale et mélancolique négligée après le premier opus.

Il apporte à cette saga emblématique ce petit plus qui finissait par nous manquer.

Par Christophe Diard et Fanny Durousseau