Bonjour Renaud Fontanarosa… violoncelliste, acteur et clown

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Bonjour Renaud Fontanarosa, tout d’abord merci de répondre à cette interview pour Rebelles(s). Nous sommes ravis d’interviewer un artiste aussi complet : violoncelliste, acteur et clown. Derrière chacune de ces casquettes, l’humaniste qui est en vous laisse poindre le bout de son nez (rouge ?). Se fera-t-il apercevoir aujourd’hui ? En tout cas, nous l’espérons. Comme vous le savez, le dossier spécial du présent R.B.L est nommé « la fin du monde, c’est quand ? »… J’aurais donc envie de vous poser cette question, tout simplement, pour commencer cette interview.

J’espère jamais ! Mais il faut la fin d’un monde pour éviter la fin du monde. Aujourd’hui, le mépris pour l’individu s’étale sur la surface du globe comme une nouvelle peste qui n’épargne pas grand monde, je trouve en effet que la vie ne pèse plus grand-chose. C’est ce monde-là qu’il faut quitter pour éviter la fin du monde.

Pour autant nous vivons une époque où l’on parle énormément de l’individu, du développement personnel, etc.

Qu’appelle-t-on développement personnel ? Au final, si c’est pour être replié sur soi-même, ça n’a aucun intérêt !

Vous venez d’une fratrie de musiciens, comment l’amour de la musique vous est-il venu ?

La question ne s’est pas posée car on avait des parents, artistes peintres et mélomanes, qui avaient en plus des amis musiciens et donc il était normal que l’apprentissage de la musique vienne enrichir notre éducation scolaire et surtout nous aider à ouvrir quelques portes secrètes de la vie. Le choix des instruments – piano pour Frédérique, violon pour Patrice et violoncelle pour moi – a fait que le trio s’est formé naturellement. Nous avons tous trois « mis le doigt dans le pot de confiture » et même si la route reste rude, nous nous régalons depuis notre plus jeune âge, en vivant de ce métier. Donc pas de « poudre de perlimpinpin », mais des parents exceptionnellement confiants dans les racines de la vie.

Continuez-vous toujours à vous produire avec le trio Fontanarosa ?

Il se manifeste moins actuellement car nous avons tous des routes très différentes… Cependant nous avons un concert en trio dans 10 jours par exemple. Ainsi, de temps en temps, nous nous réunissons, ce qui est toujours aussi enrichissant pour les uns et les autres.

Vous avez été membre pendant plusieurs années de l’orchestre de l’Opéra de Paris. Quelle est l’importance de l’art lyrique dans votre vie ?

J’ai passé 12 années dans cet orchestre et j’ai eu le bonheur d’y découvrir de magnifiques œuvres. J’étais très peu éduqué à ce niveau-là. En fait, quand je suis entré à l’opéra, j’ai découvert tout ce répertoire magnifique : les opéras italiens, allemands et français aussi. J’ai pu être dirigé par de très grands chefs. Cela m’a permis surtout d’entendre des voix exceptionnelles, et de donner cet espace à l’expression de cette liberté qu’ont les chanteurs lyriques. Cela m’a permis aussi de chanter ma vie ! Je me souviens : quand j’ai quitté l’opéra, les copains m’ont dit que je devrais rester,

que c’était la sécurité et puis, j’ai dit non. Pour moi, la sécurité c’est de partir. La sécurité c’est d’être ce que je suis et d’aller là où je veux aller. Mais il fallait tourner la page et je suis d’ailleurs parti avec un grand bagage ; cette expérience m’a apporté énormément de choses. Le vrai risque pour moi était d’attendre ma retraite confortablement au chaud !

Cheminer dans la vie pour devenir pleinement soi-même, n’est ce pas le but de tout artiste ?

Cheminer, c’est le but de tout artiste, c’est aussi à chacun d’entre nous de le comprendre. Il faut prendre le chemin, il faut le découvrir, observer, explorer et rien ne doit être sacrifié dans notre parcours. Tout homme doit tenter de toucher ce trésor qu’il a en lui plus ou moins profondément selon son éducation parentale, scolaire et religieuse. Il ne doit pas avoir peur de découvrir et surtout de nous faire partager cette chose unique et propre à chacun de nous. C’est comme un diamant, il faut descendre à la mine et se donner parfois beaucoup de mal pour le trouver. Sauf que le résultat n’est pas un compte en banque qui va gonfler, mais un certain bonheur qui va pointer le bout de son nez (Rouge ?) Peut-être parce qu’on finit par être lassé de s’être laissé berner par des illusions alors que tout est là, en nous. Tout homme a cette poésie en lui. Il y a 7 milliards d’individus et 7 milliards de petits trésors cachés. Chaque être est exceptionnel.

Cette quête peut être douloureuse non ?

Elle est douloureuse parce que les gens sont emprisonnés dans des images, des cases qu’on leur a indiquées. En ce qui me concerne, je suis quelqu’un qui n’est pas classable en regard de mes différentes passions, ce qui est d’ailleurs assez gênant dans une carrière d’artiste. Le clown apparaît alors pour dire tout haut des choses que la musique ne peut pas exprimer. Parfois il faut vraiment prendre la parole, et montrer des situations absurdes.

Aujourd’hui quelle est la place des artistes dans nos sociétés. Ont-ils été parfois des prophètes des temps modernes ? Peut-être un peu trop…

Il y a celui qui « fait l’artiste », celui-là, je n’en parlerai pas. Il y a l’autre, celui qui va partager cette chose unique qu’il est allé puiser au fond de lui et qui est commun à tout un chacun. On le reconnaît vite car ce qu’il partage est universel mais s’adresse étrangement à vous seul, à ce qu’il y a de plus intime. Je pense qu’un individu venant écouter un artiste sur scène par exemple, est ému parce que ce que lui dit l’artiste, il a l’impression que c’est pour lui tout seul. Mais l’artiste vient dire : « n’ayez pas peur vous êtes un trésor, je suis le miroir de ce qui vit au fond de vous ». C’est à ce niveau-là que l’artiste est unique, c’est pour ça que c’est une aventure sans fin. L’artiste est indispensable pour redonner valeur à ce que certains tentent de détruire pour mieux être suivi.

Quel est donc selon vous le véritable rôle de l’artiste ?

C’est de redonner confiance à l’individu pour qu’il n’ait plus peur de lui-même et qu’il puisse ainsi reconnaître ce qu’il y a de plus important en lui.

Vous êtes aussi Clown. Vous avez fait un spectacle nommé « Ainsi sois Là », comment cela est-il venu ?

J’avais une amie – Agnès Constantinoff – qui avait fait l’école Lecoq, fameuse école de comédien ou l’on aborde le clown, le mime, le masque, l’acrobatie, enfin toutes les bases du théâtre. Du coup, quand elle a donné des cours de clown ça m’a tenté car je me suis dit « tiens, c’est aller vraiment au fond des choses » parce que pour que le clown fonctionne, il faut vraiment être ce que l’on est. Le clown ne peut pas tricher. C’est vraiment le jaillissement de l’enfance et de la naïveté. Donc j’ai pris des cours et puis ça a débouché sur des spectacles qu’on a fait avec notre petite troupe. Ensuite j’ai monté des spectacles par moi-même. Le premier c’était « Par Si par Là », on retrouve bien le Si, la note musicale et le Là, L – a accent aigu et le deuxième « A la quête du La » donc c’est aussi le La musical mais c’est aussi être là. Donc ces 2 spectacles je les ai montés avec ma sœur Frédérique où l’on mettait en scène le clown et la musique, mais le clown servant la musique, bien sûr, pas le contraire. Ensuite, il y a eu « Ainsi sois Là ». Vous l’aurez compris, être là pour moi c’est une grande nécessité pour comprendre quelque chose à tout ce fouillis qu’on nous propose. Le clown peut paraître subversif au regard des hommes scrupuleux de bien suivre les voies que certains tracent « pour leur bien ». Le clown ne l’est pas, le clown c’est la spontanéité et la fraîcheur d’un enfant. Sa conscience le place sur un autre terrain de jeu, celui ou le sens du mot liberté prend toute sa clarté.

Quel est son rôle profond ?

Le clown n’est pas un pitre. C’est quelqu’un qui se dévoile sans se censurer et qui a une totale confiance en ce qui va jaillir de lui. Il n’est jamais vulgaire et sans aucune méchanceté. Et surtout il se moque beaucoup, mais énormément de lui-même. Il se moque de sa nature pleine de défauts et de ses rares qualités. C’est au final un être « humain », c’est la tolérance incarnée et la liberté assurée ! On a tous ça en soi. Si on lui dit : « bats-toi ! », lui préfère apprivoiser l’autre ; si on lui dit : « accroche-toi ! », lui préfère lâcher prise ; si on lui dit : « fais un effort ! », lui se détend et enfin si on lui dit : « dépasse-toi ! », il répondra « Ah oui ? Et si tu essayais déjà d’être là, tu devrais déjà réfléchir à ce que tu aimerais dépasser ».

Pensez-vous que le clown puisse y arriver dans le monde actuel ?

Il faut qu’il se fasse entendre et ensuite les portes qui s’ouvrent ou qui ne s’ouvrent pas ce n’est pas son domaine. Si on prend l’exemple de la télévision, j’ai vu des émissions avec des comiques qui avaient un énorme talent au départ et tout à coup il faut obéir, être complaisant avec un certain public ou un certain producteur, donc il faut écrire pour ce public-là et, à partir de là, c’est foutu !

Votre parcours vous a même mené à jouer dans « Les Quatre Cents Coups » et « La mariée était en noir » de François Truffaut. Pouvez-vous nous raconter ?

Cette expérience, c’est ce qui m’a fait goûter au métier d’acteur. C’était une amie, Michèle Méritz, qui était une comédienne et proche de François Truffaut qui m’a présenté à lui quand il cherchait des écoliers pour son film « Les 400 coups ». J’avais 12 ans et j’ai passé des auditions pour ce qu’on appelle de la figuration intelligente, c’est-à-dire pour des petits rôles avec textes qui apparaissent dans le film. Et il se trouve que 10 ans plus tard il m’a demandé de jouer une scène musicale dans « La mariée était en noir ». Avec ma sœur Frédérique ils nous ont demandé de jouer une pièce de musique qui venait accompagner une scène avec Jeanne Moreau et Michel Bouquet. Quant à François Truffaut, en dehors de son talent, l’extrême gentillesse de l’homme et son respect pour son équipe et ses comédiens m’ont frappé. C’était exceptionnel, son calme, sa tranquillité, sa voix très douce. Ça m’a donné le goût du Théâtre. J’ai donc fait des choses dans ce sens. Et puis, par la duite, le clown, et puis… on verra ce que ça donnera plus tard ! En conclusion, je suis toujours prêt pour de nouvelles aventures !

Interview de Jonathan Lévy-Bencheton

Rap et cannabis : les confidences de B.A.D Lossa

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Rebelles(s) : Que représente selon toi le cannabis dans le milieu du rap ?

B.A.D Lossa : C’est la drogue du rappeur par excellence. Comme son animal de compagnie. Ça le suit toute sa vie ! Blague à part, je crois que trois quarts des musiciens sur la planète fument de l’herbe. Avec le cannabis, en effet, je pense que tu captes complètement les ondes du cerveau.

Mais alors… N’y a-t-il pas de mauvaise surprise en réécoutant à jeun ?

Non, le cannabis n’est pas de l’alcool non plus. Tu ne déroutes pas ton cerveau au point de regretter des choses le lendemain ! Le « bedo » (1), c’est quand même vachement plus contrôlé comme défonce. Surtout quand tu fumes tout le temps. Quelqu’un qui fume un joint une fois de temps en temps, c’est comme s’il se prenait une bouteille d’alcool dans le nez, mais quand tu fumes tous les jours, c’est différent. D’ailleurs Snoop dogg fume tous les jours et ça ne l’a pas empêché de faire une grande carrière.

Revenons-en à toi, Lossa. Peux-tu nous raconter ton parcours musical?

J’ai commencé en écoutant une cassette de LL Cool J. J’avais 12 ans, je crois, et c’était la première fois que j’entendais du rap. J’ai pris un électrochoc. Je me suis dis : c’est quoi cette musique de ouf ? À cette époque, il n’y avait pas encore une musique qui m’avait épaté. Il y avait déjà la funk, la pop… J’aimais bien certaines choses, mais je n’étais pas encore fan d’un style musical en particulier. En écoutant du rap, j’ai tout de suite adhéré! Au tout début, j’avais mis deux platines de salon ensemble, acheté une petite mixette et commencé à mixer des disques de rap. Ensuite j’ai fait mes premières instrus en achetant des break beats.

Qu’est ce qu’un break beat?

C’était des vinyles avec des loops (2) de batterie. Je n’avais pas de sampler (3), j’avais rien à l’époque et je faisais tourner en synchro des samples et des loops. Je mettais deux platines, l’une envoyait la batterie pendant que sur l’autre je préparais mes boucles de samples. Après j’ai acheté mon premier sampler, un SR10, c’était celui de beaucoup de stars aux États-Unis. Je me souviens, il n’y en avait qu’un seul, et je l’ai acheté immédiatement.

La musique que tu composais était faite uniquement à partir de samples de morceaux existants ?

Au début des années 90, le rap ne se faisait qu’à partir de samples. Il était mal venu de faire des compositions avec des arrangements, des synthétiseurs etc… Il fallait trouver des loops dans n’importe quel style musical et construire un morceau à partir de ça.

Du coup c’était un vrai plaisir de passer des heures à éplucher plus de 50 disques sur une platine, à écouter toutes les portions pour savoir ce que tu vas prendre ou pas. Bien évidemment ce processus se faisait en fumant. En fait c’est comme si tu étais dans un lounge, tu écoutes la musique, détendu, et d’un coup tu stoppes sur une partie. Avec le sentiment d’élévation que procure le THC (4) tu ressens plus fortement encore les émotions. Si tu aimes un morceau tu vas l’adorer et inversement un morceau que tu n’aimes pas trop, tu vas le détester. Selon moi le cannabis est un exhausteur de sensations. Ça élève le son à un niveau que tu ne peux pas avoir si tu n’as pas fumé. La musique c’est une question de perception, tu t’en rends compte quand tu vas en club et que tu danses sur le dancefloor. Après deux verres, tu ressens la musique complètement différemment. C’est plus intense.

Et le reggae dans tout ça ! Ils en ont fumé de l’herbe !

Les musiciens jamaïcains fumaient de l’herbe mais par religion dans le but de s’élever vers Jah (5). De toute façon, le reggae et les soundsystems étaient très proches du rap.

Peux-tu expliquer aux lecteurs de R.B.L ce qu’est un soundsystem ?

Il s’agit de soirées improvisées dans des caves. Les organisateurs amenaient une grosse sono (le soundsystem est un système de son en français) avec un DJ Jamaïcain qui hurlait au micro, avec de l’écho. Ensuite, ça s’est exporté dans le Bronx, aux Etats-Unis, dès le début du mouvement Hip-hop.

Je dirais que dans tous les courants culturels, que ce soit dans les milieux littéraires ou musicaux, il y a eu de la drogue. Regarde, par exemple, les écrivains se droguaient beaucoup. Tous les grands musiciens étaient de grands drogués. Bob Marley, Jimmy Hendrix, Eric Clapton. À la limite, l’herbe c’est ce qu’il y a de plus sain dans le registre. Tu ne meurs pas d’une overdose après un joint.

Parfois, l’herbe sauve des dépressions des gens qui sont angoissés à l’idée d’avoir un cancer. Ça les ramène au calme. Ce n’est pas si négatif que ça. Le processus de guérison est alors facilité. Entre quelqu’un qui stresse sur sa maladie tous les jours et quelqu’un qui se trouve dans un meilleur mental grâce à l’herbe, il n’y a pas photo !

Quels sont alors les côtés négatifs selon toi ?

Tu te réveilles un peu fatigué.

C’est tout ? Mais, sur le long terme, les joints n’ajoutent-t-ils pas un supplément d’anxiété et de repli sur soi ?

Pour certaines personnes, oui. Personnellement, ça ne m’a pas fait cet effet là. Ça dépend de la nature de chacun. Il y en a pour qui deux trois joints sont suffisants pour être déstabilisés, d’autres pour qui ça influence moins. Selon moi, il y a des profils de personnes faites pour fumer et d’autres à qui ça ne convient pas du tout. Malheureusement certains fument malgré tout et ça, je ne comprends vraiment pas pourquoi… En tout cas ça donne un bon feeling pour commencer une composition. Ça va de pair avec la musique.

Revenons justement à la musique, et à ta carrière… Raconte-nous, Lossa, comment tout a décollé?

Il y a eu un concours de rap sur M6 organisé par Olivier Cachin. Le thème était L’Anti-drogue. Contre les drogues dures. À cette époque, on faisait des instrus et je me suis dit : on va aller en studio et rapper dessus avec un ami.

J’ai envoyé à M6 le résultat et on a gagné le concours ! Cela m’a donné envie de continuer le rap. À l’époque il n’y avait pas de compétitions, très peu de gens faisaient du rap. Il y avait seulement NTM et IAM. J’avais 13 ans. Ensuite j’ai fait ça plus sérieusement, j’ai commencé à écrire, j’ai acheté mes premières platines réelles, les Technics MK2. Il y avait un petit sampler intégré. C’était une époque formidable.

Suite à cette expérience, j’ai fait un album dans un studio dans le 19ème à Paris. La personne qui me louait le studio a tellement aimé qu’à la moitié de l’album elle m’a proposé de produire l’album. C’est donc ce qui c’est passé.

Quel était ton nom de scène à cette époque ?

DIABLO.

Ton nom BAD Lossa, c’est venu à quel moment ?

C’est à l’époque où l’on a fait les « deux salopards » avec mon ami Fléau. À cette époque j’avais arrêté de fumer alors qu’eux fumaient tous. Il faut dire qu’il y a malgré tout l’influence de ton entourage. Quand tu regardes les autres fumer et que toi, tu restes comme un con sans rien faire… En réalité, tu ne tiens pas longtemps.

Quelle a été la suite?

J’avais signé chez EMI en 1992. On a fait un album entier. On a envoyé le vinyle a toutes les boites de nuit et ils l’ont passé. J’étais vraiment très content. Le titre s’appelait d’ailleurs « Mary-Jane ». Il est passé sur NRJ. Il parlait de Marijuana. EMI adorait et, à ce moment là, le CSA vint censurer le titre. Le CSA était très dur à l’époque. Ils avaient censuré aussi le hit OCB. Dans ce titre, je racontais l’histoire d’une femme qui s’appelait Mary-Jane. Elle était un peu comme une prostituée. Si tu l’appelais une fois, tu étais condamné à la rappeler. Tu auras beau l’aimer autant que tu veux, elle ira avec tout le monde et se fera payer par tout le monde…

Mary-Jane n’est pas la femme dont tout le monde rêve je crois… Quelle est ton actualité musicale ?

Actuellement je fais du beatmaking (6). Je suis également ingénieur du son. J’ai récemment produit des titres pour le rappeur américain Neezy Nice. Je travaille aussi avec plusieurs artistes américains sur des projets assez variés

Ça aurait pu être un concept original : le seul rappeur qui ne fume pas, non ?

Au final, je crois qu’il y en a beaucoup qui ne fument pas. Bon, c’est vrai qu’aux Etats-Unis tu peux être certain qu’ils fument tous. Mais en France tu as plein de rappeurs qui ne fument pas et qui ne boivent pas non plus, surtout dans la nouvelle génération. Les anciens fumaient tous, surtout du shit (le haschich). Personnellement, le shit, je trouve ça destructeur pour la musique. À la base, c’est fait pour calmer les gros nerveux. Le shit est souvent coupé au henné, au plastique et autres cochonneries. C’est moins pur que l’herbe. Ça à l’effet d’un tranquillisant. Ça ankylose l’esprit et les membres alors que l’herbe te met dans une dynamique plus festive. L’herbe, c’est aérien !

Interview par Jonathan Lévy-Bencheton

Fumer ou vivre : interview d’Arthur Choisnet

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Arthur Choisnet

Rebelle(s) : Tu as co-écrit avec ton pote Ylane le court métrage plusieurs fois primé « Première fois », sur le sujet de la drogue. D’où vous est venue cette idée de faire un film sur ce thème et pourquoi ?

Arthur Choisnet : Avant tout, nous souhaitions changer de registre. Nous sommes plutôt issus de la comédie, alors écrire et réaliser un drame relevait un peu du défi pour nous. Mais ça nous a beaucoup plu de nous prêter au jeu. Nous sommes très fiers de notre film : après avoir reçu plusieurs prix dans différents festivals, nous l’avons mis sur internet, et là, plus de 90 000 vues en une semaine et il a été partagé des milliers de fois.
Mais pour répondre à la question, nous souhaitions véhiculer un message à travers une forme d’art. Nous aurions pu écrire une chanson pour traiter ce sujet, mais étant cinéastes, l’idée pour nous d’en faire un film était logique. Pour ceux qui n’ont pas vu le film, nous abordons le sujet d’une drogue dure, l’héroïne.
J’ai rencontré plusieurs personnes qui soit en ont déjà pris, soit connaissent des gens de leur entourage ou de leur famille qui en ont déjà pris, et la fin de chaque histoire n’est jamais très heureuse. Ça nous a conforté dans l’idée de faire ce film. On savait que ça allait parler à beaucoup de gens.

Et le cannabis, tu ne penses pas que c’est plutôt cool, pour un artiste, d’en fumer ?

À vrai dire, je n’ai jamais compris pourquoi on associait le cannabis aux artistes. C’est une drogue très répandue dans le milieu artistique, certes, mais je ne pense pas qu’un artiste fume plus qu’un employé de bureau. Personnellement, j’ai beaucoup d’amis artistes qui ne fument pas. Et ce sont d’ailleurs des gens très talentueux. Alors peut-être qu’on fait moins de bruit. On sait bien qu’un arbre qui tombe fait beaucoup plus de bruit qu’une forêt qui pousse. Donc pour répondre à votre question, non, je ne penses pas que ce soit « cool » de fumer du cannabis. J’aime l’idée d’être authentique, de vivre au temps présent, de ne pas être influencé par une substance qui agit sur mon comportement et mes émotions.

3. Revenons-en à toi, Arthur. Peux-tu nous raconter un peu ton parcours de comédien ?

J’ai commencé le théâtre en 1999. J’avais 7 ans à l’époque. Je faisais ça en tant que simple activité extra-scolaire. Je trouvais ça tellement génial ! Quand on a fait un spectacle devant une centaine de personnes, j’ai pris un tel pied à jouer et à faire rire les gens, que j’ai su que ça me suivrait pendant encore longtemps. J’ai donc fait du théâtre pendant 6 ans, puis j’ai arrêté plusieurs années. Je suis revenu à Paris, et je n’y trouvais pas de cours très intéressant. J’ai donc un peu laissé ça de côté. Puis un ami m’a proposé de jouer dans son premier court métrage. Il me proposait le premier rôle parce qu’il cherchait quelqu’un qui fasse du Parkour (Yamakasi, David Belle, banlieue 13…etc). Comme je pratiquais ce sport depuis plusieurs années déjà, c’était une superbe occasion pour moi de remettre le pied à l’étrier. Alors j’ai tourné ce film, ce qui m’a valu de rencontrer mon premier agent, et de réellement démarrer ma carrière de comédien. A aujourd’hui j’ai tourné pour Éric Tolédano et Olivier Nakache (Intouchables, Samba…), Jean-Pierre Jeunet (Amélie Poulain…), Joann Sfar, Diastème, Samuel Benchetrit…
C’est évidemment un travail de tous les jours et j’en veux toujours plus, mais je suis déjà très content du chemin parcouru.

Bon, comme le sujet de ce numéro, c’est le joint, j’insiste un peu : qu’est-ce que tu dirais à ceux qui pensent que fumer développe le sens artistique ?

Et bien, je ne me suis jamais permis de faire la morale à mes potes qui fument. Je leur donne simplement mon point de vue et ils en font ce qu’ils veulent. L’un de mes potes m’a confié qu’il était tout le temps fatigué. Il devenait un peu parano sur le regard que les gens portaient sur lui. Il était de plus en plus mal dans sa peau, il a même trompé sa copine alors qu’il avait toujours été fidèle jusque là, bref, de son point de vue il était en train de déconner. Je lui ai simplement conseillé de faire un test : arrêter de fumer pendant un mois, et remarquer le changement. On s’est eu au téléphone quelques semaines plus tard. Il avait changé du tout au tout. Il avait la banane, il réussissait ce qu’il entreprenait et surtout, il était vraiment en forme.

Le problème que j’ai observé chez les gens qui fument, c’est qu’ils vont avoir l’air détendu, zen, posé pendant quelques temps, puis tout d’un coup avoir une saute d’humeur, un truc qui les fait chier. Mais d’un coup. Assez brutalement. Et même eux ne se l’expliquent pas vraiment.
Personnellement je sais que je vis pleinement mes émotions et j’en suis conscient.

Bon, mais toi t’es un sportif, tu fais des sauts périlleux, du parkour, des arts martiaux, c’est peut être pour ça que tu ne fumes pas. Mais les musiciens, tu ne crois pas que ça peut les rendre plus créatifs ?

Raison de moins ! Si à la rigueur tu es sportif, tu peux toujours aller transpirer un bon coup pour éliminer un minimum de toxines. Mais si t’es ramolo du bulbe, je trouve ça dommage d’ingurgiter une substance qui, on le sait (et les fumeurs aussi), tue le corps à petit feu. Fondamentalement, si tu as besoin de prendre des drogues (peu importe laquelle d’ailleurs), c’est qu’il y a un vrai souci à la base. Le fameux pote dont je parlais tout à l’heure a commencé à fumer quand son père s’est barré du jour au lendemain de la maison. Ce que je veux dire c’est qu’on ne décide pas de détruire son corps par pur plaisir. Si tu cherches vraiment des sensations de plénitude ou aériennes, va à la fête foraine. Sensation garantie ! Blague à part, j’estime que la créativité et l’inspiration ça se travaille. Et c’est d’ailleurs d’autant plus gratifiant de réussir une oeuvre qu’on sait le travail que cela a nécessité. Avoir conscience des barrières qu’on a dû franchir. C’est mon point de vue.

Et autour de toi, est-ce que tu vois beaucoup d’artistes qui fument des joints, ou qui prennent d’autres drogues ?

Il y a de tout autour de moi. Il y a des gars qui se roulent cinq bedos par jours et qui tournent au ralenti, il y a ceux qui se font le petit bedo du soir, ceux qui ne fument qu’en soirée, et les autres : ceux qui ne fument pas. Et je ne jette pas la pierre aux fumeurs, loin de là. Mais je leur souhaite simplement de s’intéresser pleinement au sujet comme j’ai pu le faire. Au delà de l’aspect sensation physique et ressenti émotionnel, il y a des effets très négatifs qui surgissent et qui sont incontrôlables.

OK. C’est quoi tes projets pour l’année à venir ?

Je suis en train de créer avec mon pote et co-réal une chaîne youtube qui s’appelle « Les Évadés ». On y poste des vidéos humoristiques, des petits sketchs pour se faire marrer et essayer de faire marrer les gens. Au delà de ça, je tourne régulièrement dans Scènes de Ménages. Je suis l’un des stagiaires de Marion (Audrey Lamy). Dans l’année (je n’ai pas de date précise) sortira Meurtre dans les Landes, un téléfilm pour France 3, dans lequel j’ai joué récemment. Pas mal de projets sont en attente et je ne peux donc rien avancer tout de suite. C’est un métier qui se vit un peu au jour le jour. C’est assez stimulant je dois dire.

Interview par Eric Roux

Demain, c’est aujourd’hui

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Film de Mélanie Laurent et Cyril Dion – France 2 cinéma / Mars films

Enfin un film qui nous change des docus neurasthéniques et catastrophistes de Thema sur Arte.

Demain, film de Cyril Dion et Mélanie Laurent, sorti en 2015, a reçu de nombreuses récompenses dont le César du meilleur documentaire. Cela en fait-il un bon film ? Si vous faites partie de ceux qui ne l’ont pas encore vu sans pour autant avoir choisi de l’éviter, cet article est pour vous. Vous me direz, à 1 million de spectateurs en salle, c’est un peu voler au secours de la victoire.

C’est vrai. Mais il faut rester honnête (en tout cas, vous), certains ne l’ont pas encore vu. Il y en a forcément : même à 1 million, il n’y a pas le compte.

Demain commence par une projection-prédiction terrifiante énoncée posément par deux scientifiques de l’université Stanford : la possible extinction à court terme de l’espèce humaine si on n’agit pas assez tôt ni assez fort face aux dérèglements climatiques induits par une économie jusque-là trop peu soucieuse de l’environnement.

Les auteurs nous baladent ensuite de pays en pays, d’expérience en expérience au sein de communautés qui cherchent – et trouvent – des alternatives durables à nos actuels modes de vie, celui des économies dites avancées comme ceux des pays dits en voie de développement. Ils revisitent tour à tour la façon dont on se nourrit, nos sources d’énergie, notre économie et le fonctionnement de nos institutions démocratiques, du moins pour celles et ceux qui ont la chance – même relative – d’en avoir. Il filment des gens qui ont appliqué leurs idées, qui ont essayé, ont tâtonné, se sont plantés et ont fini par réussir. Sans être lourdement démonstratif, c’est didactique, factuel, enjoué.

Parmi de nombreux expérimentateurs à succès, nous rencontrons par exemple au fil du parcours de la petite équipe :

– Un fonctionnaire anglais heureux qui raconte combien il était aveuglé par les impératifs de la bureaucratie avant que des hurluberlus lui fassent péniblement comprendre que leurs initiatives de culture de légumes en ville était une des solutions aux multiples problèmes auxquels il était confronté, alors qu’il les croyait insolubles.

– Un couple d’agriculteurs néo-ruraux, ni bobos ni babas, obtenant en Normandie des rendements dix fois supérieurs à ceux de l’agriculture industrielle grâce à l’amendement raisonné des sols, l’association astucieuse des plantes entre elles et la densification des cultures.

– Un directeur d’école finlandais (la Finlande est régulièrement en tête des classements internationaux en matière d’efficacité de l’éducation), à la question :  quel est le secret de votre réussite ?  – répondant : «Very small bureaucracy, Autonomy, Trust, No national testing » et encore « Nous passons notre temps à enseigner, pas à tester ni à classer ».

Ca fait réfléchir…

– Un cadre de l’agglomération de San Francisco qui vous dit avec conviction et fermeté, tout en vous faisant visiter son domaine – une décharge à ciel ouvert – que vous payez d’autant plus d’impôts que vous vous écartez des règles fixées par la ville en matière de tri des déchets.

Il est intéressant de constater que certains des exemples présentés ne montrent pas des gentils hippies mais des administrations souriantes pour la caméra qui ne rigolent pas pour autant et vous disent froidement que vous allez banquer velu si vous ne suivez pas les consignes. On voue aux gémonies, moi le premier, les ayatollah verts de la mairie de Paris, mais ils existent ailleurs, en encore moins drôles. Deux doigts d’initiative, un doigt de contrainte ?… On comprend de toute façon, petit à petit, que tout ceci ne va pas se faire tout seul, ni sans douleur – c’est à dire pas sans adaptation – mais que les choses avancent dans certains coins de notre petite Terre.

Probablement soucieux de ne pas faire l’unanimité – c’est toujours suspect – le film plutôt apprécié par la critique a aussi subit un flinguage en règle, d’aucun lui reprochant de jouer par trop « positif » ou de ne pas assez pratiquer l’activisme politique.

Est-ce le style « chabada » du film qui a donné des boutons aux grincheux ? Peut-être. L’accusation de ménager les multinationales est infondée : Cargill, Coca-Cola, Monsanto, etc. sont clairement désignées comme fauteurs de troubles écologiques. Le reproche de cultiver l’espérance est justifié : soyons-en redevables aux auteurs.

Demain a donc quelques mérites. Si ce film optimiste a contribué à faire évoluer les mentalités et redonné un peu d’espoir à ceux qui l’auront vu, tant mieux. Non qu’il faille se cacher les yeux, non que les catastrophes écologiques que mettent en scène les émissions qui dénoncent et se lamentent sur notre futur ne soient pas probables ou même avérées, mais nous plomber le moral à coup de documentaires en H.D. sur des mines de lignite à ciel ouvert ou des rivières polluées au césium ne nous fait pas pour autant réfléchir à ce qui pourrait se faire à notre échelle, dans notre petit chez-nous, à portée de main.

En effet, comment aller au-delà du mur de sidération induit par les informations dont on peut se dire qu’il leur arrive d’être alarmistes, mais dont on sait qu’elles ont quelques raisons d’être alarmantes ? Elles nous montrent des problèmes planétaires dont la résolution nous apparaît comme impossible. Tant d’intérêts qui nous échappent, tant d’acteurs incontrôlables, tant de sources de pollution. Comment obtenir des effets rapides et durables, comment changer des comportements ?

En matière de développement durable et de conscience écologique, Demain ne délégitime pas les actions collectives, ne dispense pas les pouvoirs publics d’en faire plus, ne dédouane pas chacun de ses responsabilités. Pas besoin d’être un occultiste disciple de Rudolf Steiner ou un fan de Pierre Rabhi pour comprendre et apprécier à leur juste valeur les initiatives mises en avant, et se dire qu’on peut soi-même participer, « prendre sa part ».

Principe de réalité : le retour à l’état de nature, à l’état sauvage que certains appellent de leurs vœux est totalement illusoire, du moins pour ce qui est de l’environnement. Ce qui concerne l’urbanité, la civilité et l’humanité de nos contemporains est un autre sujet… On peut donc supposer qu’à l’ère de l’anthropocène, nous allons plutôt vers une artificialisation intégrale de la planète. Les projections de la population mondiale pour 2050 donnent quelque chose comme 9,5 milliards d’humains dont près de 65% vivront en ville, contre 30% pour 2,5 milliards en 1950. Soit pas loin du quadruplement du nombre de terriens en un siècle.

Les solutions existent mais, d’ici là, va falloir se bouger si on veut encore pouvoir bouger, demain.

Eric Desordre


Soleil vert – La planète a connu pire? Pas nous

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Soleil vert n’est pas un film de SF. Soleil vert est un film policier.

Il n’y a ni science, ni fiction dans Soleil vert. Il y a un cadavre, pas très net ni tout jeune, un flic douteux et baraqué, un vieillard râleur et humaniste et une jolie fille oubliée qui fait de la figuration. Au propre comme au figuré car les jolies filles de 2022 font partie des meubles et passent d’un puissant à l’autre, au gré des changements de locataires des rares appartements grand luxe d’un New-York violent et surpeuplé de 44 millions d’habitants miséreux.

La canicule règne en 2022, comme on peut projeter qu’elle régnera d’ici cinq ans, sans trop peur de se tromper. Le réchauffement climatique – périphrase permettant aux Diafoirus de Wall Street, à leurs lobbyistes de Washington et aux élus affidés de mettre en doute les effets de l’activité humaine sur la Terre – n’est pas commenté, encore moins expliqué dans cette histoire. Mais le réchauffement est là, et tout le film est poisseux et plein de poussière, poussière qu’on retrouvera d’ailleurs omniprésente dans un opus récent et tout aussi apocalyptique, « Interstellar ».

La révélation de la fin du film, résultat de l’enquête policière musclée et pleine de baffes réjouissantes, n’est pas aussi terrifiante qu’à l’époque de sa sortie, alors qu’on parle aujourd’hui de généraliser les aliments alternatifs à base d’insectes et de steacks hachés montés à l’imprimante 3D. Après tout, le recyclage des protéines humaines existe déjà en plusieurs endroits du monde. Simplement, le cycle du crabe du Nordeste brésilien n’a pas besoin d’usine pour transformer la chair humaine en nourriture pour les humains, en Soleil vert – Trade Mark.

Soleil vert tient la rampe, après ces plus de quarante ans de réchauffement climatique. On le revoit avec plaisir, c’est à dire avec effroi. Pas de happy end. Plutôt le contraire. Acteurs sobres, à part un ou deux second rôles cauteleux et lâches bien comme il faut.

Comme on le voit, rien n’a changé. Filles exploitées, flics violents, politiciens véreux, pollution jaunasse et bouffe discutable. Il ne s’agit plus d’anticipation, on n’anticipe pas ce qui ne change pas. La planète a connu pire ? Pas nous.

Rien de nouveau sous le soleil vert.

Eric Desordre