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Johnny Cash papy du Gangsta Rap ?

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Johnny Cash at Folsom – © Jim Marshall Morrison Hotel Gallery

Johnny Cash a réussi à s’imposer comme l’une des principales personnalités de la culture musicale nord-américaine, malgré une carrière en dents de scie, sans doute due à son addiction aux barbituriques et à l’alcool. Il y aurait beaucoup à dire et à raconter sur Johnny Cash, qui comme tous les musiciens essentiels, s’inscrit en marge de tous les courants qu’il est censé représenter : rock’n’roll, rockabilly, country, rock indépendant américain, etc. Certains le citent même comme étant l’un des grands-pères du gangsta rap à partir du très célèbre vers « I shot the man in Reno just to watch him die » extrait de Folsom Prison Blues. La chanson Folsom Prison Blues lui a été inspirée par la projection d’un documentaire de Crane Wilbur à laquelle il a assisté en 1953, lors de son service militaire en Allemagne : Inside the Walls of Folsom Prison. Cette chanson sera extrêmement populaire dans les prisons américaines. Des détenus lui écrivent pour lui demander une visite. Répondant au souhait d’un prisonnier du pénitencier d’État de Huntsville au Texas, il réussit à s’y produire. Ce concert est un succès et il joue dans plusieurs centres pénitentiaires, dont celui de Folsom, en 1966. En octobre 1967, après une cure de désintoxication, Johnny Cash décide de se consacrer entièrement à sa carrière, change de label et relance son projet d’album live enregistré au sein d’une prison. Il contacte les directeurs des prisons d’État de Saint Quentin et de Folsom. C’est celui de Folsom qui répond le premier. At Folsom Prison sera donc le premier album live enregistré face à un public composé de délinquants et de criminels dans une prison, le 13 janvier 1968. Durant les répétitions qui ont lieu les 12 et 13 janvier 1968, les artistes recevront la visite de diverses personnalités, dont celle du Gouverneur de Californie, Ronald Reagan, qui les encourage.

L’album, qui sort en mai 1968, sera censuré, notamment à cause de l’assassinat de Robert Francis Kennedy le 5 juin 1968 à Los Angeles, la chanson Folsom Prison Blues est amputée de la phrase « I shot the man in Reno just to watch him die », malgré l’opposition et les protestations de Johnny Cash. Véritable manifestation du politiquement correct : certaines réactions des détenus aux vers sulfureux seront également censurées pour ne pas choquer l’Amérique puritaine. Cet album va connaître un grand succès auprès du public et des critiques (13 e place du classement Albums Pop et première place de celui Album Country, disque d’or le 30 octobre 1968) et il va relancer la carrière de Johnny Cash. Le 27 mai 2003, il sera certifié triple album de platine pour la vente de plus de trois millions d’albums. Il a été reconnu comme l’un des plus grands albums de tous les temps. En 2003, le magazine Rolling Stones le classe numéro 88 sur sa liste des 500 plus grands albums de tous les temps. En 2006, Time déclare qu’il figure parmi les 100 plus grands albums de tous les temps. En 2003, il est l’un des 50 enregistrements choisis par la Bibliothèque du Congrès pour être ajouté au Registre National des Enregistrements (National Recording Registry). Nous vous conseillons d’acheter la version sortie en coffret (Deux CD et un DVD), le 18 octobre 2008 (Legacy Éditions), car vous pourrez y retrouver les chansons des autres artistes qui ont joué lors de ce concert, comme le Blue Suede Shoes de Carl Perkins.

Après le succès de ce premier live en prison en 1968, Johnny Cash sera de retour sur une scène de la prison d’État de Saint Quentin en 1969 pour enregistrer l’album At Saint Quentin. Ce second album enregistré live en prison va devenir le premier album de Johnny Cash à devenir numéro un du classement Albums Pop. Nous vous conseillons également la version sortie en 2006, chez Legacy recordings qui comprend deux CD ainsi qu’un DVD documentaire original. Ce documentaire est passionnant car vous pourrez entendre des interviews des gardes et des prisonniers qui étaient présents au moment de ce concert. Ces deux albums soulignent, selon la presse spécialisée, les rapports de Johnny Cash avec les gens de prison, sa force d’empathie, comme s’il voulait faire pénitence pour ses mauvaises habitudes notoires. Sans doute, Johnny Cash y a cherché une forme de rédemption, qu’il chantera bien plus tard dans ses psaumes et notamment dans Redemption Song, mais in fine, la réponse se trouve peut-être dans les premières paroles de la chanson Greystone Chapel, écrite par un détenu Glen Sherly, condamné à cinq ans de prison pour vol à main armée, et qui ont très fortement ému l’artiste : « Mon corps se trouve peut-être entre les murs d’une prison, Mais le Seigneur a libéré mon âme… ».

Bertrand Pavlik

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