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Editorial n°14: Détruire toutes les bastilles est un rêve secret

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Il y a l’immense prison du monde malade qui fait que personne ne se sent libre du dedans, tranquille et non impliqué devant toutes les injustices sociales qui crèvent l’écran de l’Actualité planétaire. Il y a les guerriers bouchers et obsédés qui tuent des enfants sans un soupir. Il y a aussi la prison intérieure de mes analysants qui s’emprisonnent eux-mêmes dans leur névrose d’angoisse ou leur psychose jusqu’à mourir à la vie de l’âme, même ordinaire. Il y a la prison qui enferme derrière les barreaux tous les délinquants et les criminels du globe et s’imagine les rendre inoffensifs pour toujours, guérissant leur haine interne, les mettant hors d’état de nuire, et les redressant à perpétuité et pour perpétuité, dans des conditions inhumaines et dégradantes. Lorsque Robert Badinter a voulu abolir la peine de mort dans notre Occident, la doxa majoritaire l’a traité de poète et de fou et il a fallu l’aide de Simone Veil pour qu’il parvienne à obtenir sa victoire parlementaire. Et la peine de mort est devenue à jamais hors la loi. Et la Société ne s’est pas pour autant autodétruite. Les criminels ne sont pas, pour autant, devenus tous des récidivistes. Le monde n’est ni pire ni meilleur qu’avant l’abolition. Cela n’a guère changé. Mis à part l’Homme et sa dignité, qui ont pu se comparer dans un même miroir sans briser la glace instantanément, toute honte bue. Et la réponse pénitentiaire, ne pourrions-nous pas la supprimer une fois pour toutes dans notre pays ? Et je rêve ici de bracelets électroniques pour le plus grand nombre de prévenus, je rêve de monastères, même trappistes, ouvrant leur porte et leur mode de prier et de vivre à des condamnés en voie de conversion totale. Je rêve de créer des réseaux de familles d’accueil formées et spécialisées en réhabilitation sociale et spirituelle. Je rêve, je rêve, j’imagine et j’invente des parades « à la carte » contre l’Horreur instituée. Oui, j’avoue : je rêve debout. Et alors ? Tout compte fait, n’est-ce point ma vocation profonde pour un poète rebelle de rêver debout, donc éveillé ? Si je ne rêvais plus debout, il faudrait sans doute réhabiliter même la guillotine pour me rendre hors d’état de nuire, autour et alentours. Croyez-moi sur parole, la Bastille était une prison, et je fus du peuple des assiégeants qui, dans la nuit du 13 juillet 1989, s’était porté vers elle pour la détruire…

Jean-Luc Maxence

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