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« La chronique du rieur jaune » – A quel Onfray faut-il se fier?

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© Fronteiras do Pensamento – Michel Onfray Sao Paulo 2012 – CC

À quel Onfray faut-il se fier ?

Pascal disait de l’imagination qu’elle est d’autant plus trompeuse qu’elle ne l’est pas
toujours. En va-t-il de même avec Michel Onfray ? Il vient de publier coup sur coup ces derniers mois :Vivre une vie philosophique – Thoreau le sauvage (Le passeur)
Miroir du nihilisme – Houellebecq éducateur (Galilée)
Tocqueville et les Apaches (Autrement)
Nager avec les piranhas – Carnet guyanais (Gallimard)                                                    Le désir ultramarin – Les Marquises après les Marquises (Gallimard)

Comment ne pas être sensible, en lisant « Nager avec les piranhas », à la disparition des Wahanas en Guyane ? Comment, en lisant Tocqueville et les Apaches, ne pas être choqué par les propos d’Alexis de Tocqueville concernant les Indiens ou les Noirs d’Amérique du Sud sur lesquels la civilisation aurait peu de prise ? L’auteur de L’Ancien Régime et la Révolution, si prisé naguère par notre maître Raymond Aron et les chantres de la démocratie a la sauce libérale, serait-il, comme on en a ici parfois le sentiment, à défaut d’un grand philosophe… un petit homme ? Concernant Henry David Thoreau et l’ouvrage Vivre une vie philosophique qui fait l’éloge de ce penseur « libertaire » (un mot qui peut d’ailleurs vouloir tout dire), on ne comptera pas sur nous (qui parfois nous revendiquons des cyniques antiques) pour critiquer le côté «diogénien» de ce « clochard céleste » ni la simplicité volontaire de ce « sauvageon ». Par contre, avouons-le, Miroir du nihilisme nous tombe des mains. Il s’agit d’un panégyrique du roman Soumission de Houellebecq qui (pour être au goût du jour ?) vole au secours de la chasse aux sorcières contre « l’islamo-gauchisme ». Voilà qui ira dans le sens du poil de certains de ses lecteurs se délectant de ses articles dans Éléments, Valeurs actuelles, Le Figaro (n’allait-il pas dans ce journal jusqu’à se déclarer pur descendant des Vikings ?) On avait le souvenir d’un philosophe, certes un rien incohérent qui par exemple, appelait il y a une dizaine d’années à voter vert tout en étant pour les centrales nucléaires ou encore Besancenot mais en combattant l’idée de révolution. Mais la remise sur pied d’une « Université populaire » destinée à combattre la remontée des idées d’extrême droite paraissait prometteuse de même que ses ouvrages Cynismes ou encore Le ventre des philosophes. Il s’agissait alors de relier la vie des penseurs à leur œuvre, à leur façon d’aimer, manger, habiter le monde. Hélas cette méthode qui s’impose lorsqu’on lit l’historien romain Diogène Laërce ne permet pas de réfuter Freud en alléguant de supposées relations entre lui et sa belle-sœur, ni d’attaquer Sartre parce que Simone de Beauvoir aurait été bisexuelle. On trouve peut-être des lecteurs en colportant des ragots de ce type mais on perd en même temps de la crédibilité.

Adieu, Onfray, on t’aimait bien tu sais…

Nous avons pensé un moment (nous le disions dans un article de Savoir/Agir intitulé « L’ère Onfray des universités populaires ») que l’idéologue normand pouvait jouer un rôle face à une université parfois trop élitiste, à une Philosophie peu soucieuse d’élargir le « cercle des connaisseurs ». Hélas les U.P. se sont révélées trop souvent soucieuses de fournir à des « gourous » locaux un public faire-valoir, toujours acquiesçant aux paroles du maître, soumis et reconnaissant par-dessus le marché. Ce n’est pas de cela, disons le tout net, dont nous avons besoin aujourd’hui. On ne peut se servir jusqu’à l’outrance des médias officiels (comme France Culture) et se prétendre « hors système ». On ne peut prétendre écrire une contre-histoire (de la philosophie, de la littérature… et j’en passe) et reprendre beaucoup d’idées reçues dans les milieux dirigeants, dans les sphères officielles qui chouchoutent trop souvent Onfray pour le transformer en un moulin à paroles, tant prolixe que prophète, toujours prêt à servir, sur un plateau s’il vous plaît la soupe qui réchauffe un moment certes mais ne satisfait pas, selon nous, le réel besoin de se nourrir de saveurs et de savoirs nouveaux. Qu’on me pardonne ce cri du cœur. Les philosophes en ont un, sous leur complet veston ! Il bat parfois, il se bat toujours. Aux lecteurs de vibrer ou pas en consonance avec nous  et de le faire savoir. On n’est pas au garde-à-vous, lorsqu’il s’agit de penser. On n’attend pas les ordres !

Hugues Lethierry*

*responsable de collection au Petit Pavé et auteur d’une trentaine d’ouvrages sur l’humour, Jankelevitch, Henri Lefebvre, les cyniques grecs… Dernier ouvrage paru : Rire en philo et ailleurs. Yes we ricane

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