Le dernier jour d’une conscience – Théâtre

Le dernier jour d’une conscience – Théâtre

457
0
PARTAGER SUR
Dernier Jour d'un(e) condamné(e)
Dernier Jour d’un(e) condamné(e)

« Les geôliers, les guichetiers, les porte-clefs, je ne leur en veux pas, causent et rient, et parlent de moi, devant moi, comme d’une chose ».

En adaptant pour la scène Le Dernier jour d’un condamné et en féminisant celui-ci, Florence Le Corre, Pascal Faber, Christophe Borie et Lucilla Sebastiani mettent en lumière le dispositif propre au texte hugolien. Le monologue, encore plus lorsqu’il est théâtral, est conflit d’un sujet envers le monde.

La mise en scène, faite de bruits de portes grinçantes, de cloches lugubres, de lumières crues ou blafardes, rend le monde extérieur oppressant. Ce minimalisme scénique se débarrasse de tout élément superflu qui viendrait adoucir l’univers carcéral et concentre la violence de celui-ci dans quelques objets symboliques : une caisse, une craie, une lanterne, une paillasse, une couverture, quelques feuilles de papier et un plancher. Face à ces agressions répétées de sa conscience et de sa dignité, le personnage qu’interprète Lucilla Sebastiani déploie toute une gamme d’émotions, d’expressions, dans le but de se réapproprier un espace personnel.

Il faut voir l’actrice batailler contre les murs de pierre de l’Essaïon, magnifique écho scénique aux cachots de Bicêtre, hurler contre d’invisibles geôliers, procureurs et bourreaux, écrire son désespoir sur quelques feuilles vierges ou sur le plancher à la craie. Une scène, cruciale et magnifique : celle où la condamnée trace conjointement le prénom de sa fille et la forme de la guillotine. La vie et la mort sont voisines dans ce creuset de pulsions humaines qu’on cherche à étouffer au fond d’un trou.

La conscience humaine brûle de mille passions dans le jeu de Lucilla Sebastiani, qui explore le plus loin possible les voies de l’expressivité psychologique. Son visage, ses membres, son corps se tordent, s’illuminent ou chutent sous la pression de mouvements intérieurs qui se fraient un chemin verbal et physique vers l’extérieur. Face à l’inhumanité de la peine de mort, la condamnée oppose toute la gamme de l’humanité.

Féminiser le texte n’est donc ni trahison, ni caprice artistique. Au contraire, le procédé fait ressortir l’universalité de la lutte de la vie contre la mort au cœur de l’œuvre originelle. Car dans ces émotions vives réside peut-être la même pulsion vitale qui anime femmes et hommes tout au long de leur existence.

Si le texte et l’interprétation plaisent tant, c’est sans doute parce qu’ils innervent lecteurs et spectateurs de cette pulsion vitale, de ce sentiment que même dans la plus froide des justices, dans la plus inhumaine des condamnations, l’être humain ne se laissera pas réduire à une chose. Que même dans l’inéluctable, l’être humain tentera de faire récit, de reprendre possession du monde, de redonner sens à son existence.

L’entreprise est vaine. Mais de cette vanité même naît le triomphe de la justice humaine, capable d’électriser une foule par sa puissance verbale et actoriale, capable de réimposer à la face de tous la présence d’une conscience qu’une justice mécanique, où ne court nul sang chaud, désire taire. Et n’y parvient jamais.

Le Dernier Jour d’un(e) condamné(e), au théâtre de l’Essaïon, le lundi et mardi soirs à 21h30, jusqu’au 31 mai inclus.

Par Maxime Lerolle

 

PAS DE COMMENTAIRES

LAISSER UNE RÉPONSE